LIVRE VII, CUAPITRE IX
ment clair de ce document *. Sismondi en a traduit un fragment fort curieux. « C'est moi-même, y est-il dit, Pierre, l'apôtre de Dieu, qui vous tiens pour mes fils adoptifs, — croyez-le fermement, vous qui m'êtes chers, et n'en doutez point, lorsque je vous parle moi-même, comme si j'étais revêtu de ma propre chair, et toujours vivant devant vous, — c'est moi aujourd'hui qui vous conjure et qui vous oblige par les plus fortes instances... Bien plus, Notre-Dame, la mère de Dieu, Marie, toujours vierge, se joint à nous pour vous solliciter, vous protester, vous admonester, vous ordonner. En même temps les trônes et les dominations, et toute l'armée de la milice céleste, les martyrs, les confesseurs du Christ, et tous ceux qui plaisent à Dieu, se joignent à nous pour vous exhorter et vous conjurer, avec protestation, d'avoir pitié de cette ville de Rome que Notre-Seigneur Dieu nous a confiée, des brebis du Seigneur qui y demeurent, et de sa sainte Église que dieu même m'a recommandée... Ne vous séparez point de mon peuple romain, si vous ne voulez pas être séparés du royaume de Dieu et de la vie éternelle. Tout ce que vous me demanderez en retour, je vous l'accorderai, ou j'y emploierai du moins tout mon crédit... Je vous en conjure donc, ne permettez point que ma ville de Rome et le peuple qui l'habite soient tourmentés et
* La lettre de saint Pierre se trouve dans le Codex Carolinus et dans le Recueil des historiens de France. Cenni, 1. 1, p. 98; D. Bouquet, t. V, p. 493.
déchirés par la race des Lombards, si vous ne voulez pas que vos corps et vos âmes soient tourmentés dans le feu inextinguible de l'enfer, par le diable et ses anges pestilentiels ^ »
L'emploi de ces moyens eut-il quelque influence sur l'esprit de Pépin ? On serait tenté de le croire, à en juger par les faits qui suivirent : le roi des Francs retourna en Italie en 788 ; il reprit les pays contestés et fit dresser un nouvel acte de donation en faveur du pape, voulant que les villes de Ravenne, de l'Emilie, de la Pentopole et du duché de Rome fussent rendues à l'Église et non à l'empereur. Ni cet acte, ni le précédent, celui de 784, en supposant qu'il ait existé, ne sont parvenus jusqu'à nous. Ils semblent du reste n'avoir été que le prix d'un traité d'union et d'assistance mutuelle, conclu entre le pape et le roi des Francs pendant le séjour d'Etienne à la cour de Pépin. C'est ce qu'un auteur moderne a démontré ^ en s'appuyant principalement sur le texte d'une lettre d'Etienne III de l'an 770. Il y a même lieu de croire, d'après les termes de cette lettre adressée à Charles et à Carloman, que les fils de Pépin avaient participé à la convention dont il s'agit 5.
> Sismondi, Histoire des Français, t. I, p. 309, édit. de Demengeot.
* Gregorovius, Geschichte der stadt Rom in Mittelalter, t. H, p. 212.
* Oportet meminisse, ita vos beato Petro et prœfato vicario ejus vel ejus successoribus spopondisse, se amicis nostris amicos esse, et se inimicis inimicos, sicut et nos in eadem spontione iirmiter dignoscimus permanere. (Cenni, Codex Carolinus, epist. 49, p. 283.)