‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 54 sur 200 · LIVRE VU, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE VU, CHAPITRE X

X. — Qu'on ne croie pas que Tambilion du pape fût satisfaite par les acquisitions qu'il venait de faire : ces acquisitions ne servirent qu'à aiguiser sa cupidité, à augmenter son désir d'étendre ses frontières. En effet, le roi Aistolfe étant mort en 786, Etienne II en informa le roi Pépin dans des termes qui ne laissent point de doute sur ses sentiments. « Ce tyran, dit-il, ce partisan du diable, Aistolfe, ce dévorateur du sang des chrétieiîs, ce destructeur des églises de Dieu, frappé par un coup de la vengeance divine, a été plongé dans les gouffres de l'enfer. Les Lombards ont choisi pour leur roi Desiderius, homme d'une grande douceur, qui a promis, sous serment, de rendre à saint Pierre le reste des villes que nous réclamons, savoir, Faënsa, Imola, Ferrare et leurs territoires; les salines du bord de la mer, Osimo, Ancône, Humane, et même la ville de Bologne, avec tout son district ^ »

Les promesses du nouveau roi des Lombards, dont il est fait mention dans cette lettre, s'expliquent par les circonstances de son avènement. Didier n'était pas l'héritier naturel d'Aistolfe, il n'était pas même son parent; c'était un officier de la couronne, grand écuyer, duc, c'est-à-dire gouverneur de la Toscane. L'héritier d'Aistolfe était Rachis, son frère, qui avait déjà été roi et qui s'était retiré dans un monastère. Les grands du royaume l'engageaient à renon-

> Codex Carolinus, epist. 8.

cer à la vie religieuse et à remonter sur le trône. Ce fut pour prévenir cette concurrence que Didier s'adressa au pape. Il offrit de lui céder les villes et territoires ci-dessus mentionnés ; il lui promit des présents considérables, et s'engagea à se conduire en tout d'après ses volontés. Etienne exigea de lui un serment terrible, suivant l'expression d'Anastase, auteur de la vie des papes; ensuite il agit avec tant d'efficacité auprès de Rachis, qu'il le décida à rester dans le cloître, et que Didier fut reconnu pour roi par tous les Lombards *.

Si l'on en croit le continuateur de Frédegaire, l'élection de Didier ne se fit pas sans l'assentiment de Pépin et de ses leudes, ou tout au moins elle fut soumise à leur approbation *. Nous voyons en effet qu'une assemblée générale de Francs fut tenue à Compiègne en 757. Les chroniqueurs ne disent pas si l'on s'y occupa de l'avènement de Didier ; mais cela est assez probable, car Pépin y reçut des envoyés de l'empereur Constantin qui lui apportaient de riches présents, entre autres un orgue, qui était alors un objet merveilleux. Cette ambassade ne pouvait avoir trait qu'aux affaires d'Italie ; toutefois on ne sait point ce qui se passa entre le roi Pépin et les envoyés de l'empereur.

Dans la même assemblée parut Tassilon, duc des

' Hegewisch, Geschichte der Regierung Kaiser Karls des Grossen.

' Langobardi una cum consensu prsedicto régis et consilio procerum

suorum Desiderium in sedem regni constituunt. (Fredeg. contin., c. 12â.)

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