LIVRE vil, CHAPITRE XI
nant tout le Languedoc fut réunie à la monarchie franque ^.
XL — Cependant l'Aquitaine était toujours agitée; le nouveau duc, Waifre, n'était pas moins remuant que son père, Hunold. Il retenait, dit Éginhard, certains domaines qui appartenaient à des églises établies sous la protection de Pépin, et refusait de les rendre, sans même daigner entendre les avertissements que le roi lui adressait par ses députés. Son obstination lui attira la guerre. Pépin rassembla des troupes et entra en Aquitaine, déclarant qu'il saurait faire rendre aux églises, par la force des armes, les biens qui leur appartenaient. Alors Waifre, qui n'osait pas risquer une bataille, J.ui envoya des députés et promit de se soumettre à ses ordres, de rétablir les églises dans tous leurs droits et de livrer les otages qu'on lui désignerait. Pépin consentit à la paix; après avoir reçu les otages, comme garants des promesses qui lui étaient faites, il s'abstint de toute hostilité, rentra dans ses États, et congédia son armée *. Mais l'année suivante, le duc Waifre, malgré les otages qu'il avait fournis et les serments qu'il avait prêtés, voulut se venger de l'humiliation qu'il venait de subir, en envahissant à son tour le territoire
'' Histoire générale du Languedoc, liv. VIII, ch. 48.
* Et eo facto commotum ' contra se régis animum adeo mitigavit, ut statim bello desisteret. Nam acceptis obsidibus, qui ad fidem promissionibus faciendam dati sunt, rex bello abstinuit, domumque reyersus, dimisso exercitu, in Yilla Carisiaco hiemavit, in qua et Natelem Domini et Pascha celebraYit. (Einh., Annales, 760.)
des Francs. Il fit avancer jusqu'à Châlons son armée, pour ravager leurs possessions.
Pépin tenait une assemblée générale à Duren, entre Aix-la-Chapelle et Cologne, lorsqu'il fut informé des exploits de Waifre. Il se hâta de rassembler des troupes et se transporta en Aquitaine avec des forces considérables. C'est dans cette campagne que Charles, fils de Pépin, qui devait un jour devenir célèbre sous le nom de Charlemagne, fit ses premières armes. Il avait alors dix-neuf ans. Les Francs parcoururent le Bourbonnais et l'Auvergne, s'emparèrent de plusieurs châteaux et s'avancèrent, en ravageant le pays, jusqu'à Limoges. L'année suivante, 762, Pépin dirigea ses armes vers le Poitou; il se rendit maître de la cité de Bourges et du château de Thouars ; et puis, en 763, il retourna dans le Limousin. « Après avoir tenu, dit un chroniqueur, son champ-de-mai auprès de Nevers, avec les Francs et les grands de son royaume, il passa la Loire pour entrer dans l'Aquitaine, et s'avança jusqu'à Limoges, dévastant tout le pays et faisant brûler toutes les villas publiques soumises à la domination de Waifre. Ayant ravagé toute cette province et pillé un grand nombre de couvents, il s'avança jusqu'à Issoudun, détruisant la partie de l'Aquitaine où il y a le plus de vignes; car dans toute l'Aquitaine, tant les églises que les couvents, les riches et les pauvres tirent leurs vins de ce district qu'il détruisit tout entier *. »
* Fredeg, contin., c. 130.