LIVRE VII, CHAPITRE XI
. Éginhard dit que, dans cette campagne, les Francs parvinrent jusqu'à la cité de Caliors, d*où ils retournèrent dans leur pays en passant par Limoges. Tassillon, duc de Bavière, faisait partie de cette expédition; mais il abandonna l'armée sous prétexte de maladie. « S'étant affermi dans la résolution de se rendre indépendant, dit Éginhard, il fit serment de ne plus jamais paraître en présence du roi *. » Il n'y eut pas cependant d'hostilités immédiates entre les Francs et les Bavarois. Pépin resta deux années sans sortir de ses États, séjournant alternativement à Worms, à Quierzy, à Attigny et à Aix-la-Chapelle. Après quoi il reprit ses expéditions contre l'Aquitaine. Cette guerre dura pendant neuf ans, et fut signalée par d'effroyables dévastations. Pépin, qui d'abord avait usé de modération, finit par s'irriter, parce que le duc Waifre profitait de tous les moments où il était éloigné pour faire des courses sur le territoire des Francs. En 768, Pépin rassemble ses troupes de toutes parts et s'avance vers la Garonne, bien décidé à mettre un terme à ces hostilités incessantes. Il laisse sa femme et toute sa maison dans la cité de Saintes et se met à poursuivre le duc sans relâche. Il s'empara de la plupart de ses places. La mère, la sœur, plusieurs parents de Waifre furent faits prisonniers. Le duc lui-même, abandonné de tous et cherchant à s'évader à travers les forêts, fut,
1 Einh, annales, 763.
suivant les uns, massacré par ses propres gens, sui* vant les autres, pris et tué par ordre de Pépin.
Le roi des Francs ne lui survécut que quelques mois. A son retour d'Aquitaine, Pépin se sentant malade, appela autour de lui tous les grands du royaume, ducs, comtes, évéques et prêtres. De commun accord avec eux, il procéda au partage de ses États entre ses deux fils, Charles et Garloman ^. Il y a sur ce partage deux versions différentes : suivant Éginhard, Charles aurait eu la partie autrefois dévolue à son père, c'est-à-dire la Neustrie, et Carloman celle de son oncle, c'est-à-dire l'Austrasie * ; mais si l'on en croit le continuateur de Frédegaire, l'Austrasie fut donnée à Charles ; tandis que la Bourgogne, la Gothie, la Provence, l'Alsace et l'Allemagne échurent à Carloman. Cet auteur ajoute que l'Aquitaine fut partagée entre les deux frères '. La version du continuateur de Frédegaire parait être la bonne ;
^ Cernensque quod vit» periculum evadere non potaisset, omnes pro* ceres suos, duces et comités Francorum, tam episcopos quam sacerdotes, ad se venire pnecepit, ibique, una cum consensu Francorum et procerum seu et episcorum, regnum Francorum, quod ipse tenuerat, œquali sorte inter... filios suos Carolum et Carlomannum, dum adhuc ipse viveret, inter eos divisit. {Fred, conU, c. 436.)
* Karolus eam partem quam pater eorum Pippinus tenuerat, Karloma» nus vero eam cui patruus eorum Karlomannus praeerat, regendi susciperet. (Ëinh. Vita Karl, imp,, c. 3.)
* Âustrasiorum regnum Garolo seniori filio regem instituit, Garlomanno vero juniori filio regnum Burgundia, Provincia, Gothia, Alsacis et Âlemannia tradidit; Âquitaniam, quam ipse rex adquisierat, inter eos diyisit. (Fred. cotit,, c. 436.)