‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 58 sur 200 · LIVRE VII, CHAPITRE XII. U · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CHAPITRE XII. U

presque tous les auteurs sont aujourd'hui d'accord sur ce point *.

XII. — Pepîn mourut à Paris au mois d'octobre 768. On a beaucoup critiqué sa politique, comme s'il lui avait été permis d'en suivre une autre. D'une part, il était poussé par les Francs qui voulaient achever leur conquête; de l'autre, il subissait l'influence des Gallo-Romains qui cherchaient à faire prévaloir leurs principes théocratiques. Ni d'un côté ni de l'autre il n'y avait, à cette époque, rien de semblable à cet élément que nous appelons aujourd'hui le peuple. La nation franque, qu'on ne l'oublie pas, était représentée par l'aristocratie militaire, la nation gauloise par l'aristocratie ecclésiastique. Les deux castes s'étaient rapprochées, en se faisant des concessions réciproques ; elles se partageaient les avantages de la domination. On a fort mal apprécié les conséquences de cette coalition pour les habitants de la Gaule, dont la condition ne fut qu'améliorée ; mais on s'est peu occupé du sort des populations franques. Il est certain cependant que pour celles-ci l'alliance de leurs chefs de guerre avec les évéques galloromains fut véritablement désastreuse; qu'elle fut destructive de leur ordre social.

La royauté n'était plus ce qu'elle avait été chez les

' Waitz, Deutsche Verfassungsgeschichte, t. III, p. 89 et 90; Koerber, Partage du roijaume des Francs entre Charlemagne et Carloman, dans la Bibliothèque de l'école des chartes, 4« série, t. Il, p. 34i ; Dewez, Histoire générale de la Belgique, t. II, p. loi.

If. •

Germains; c'était celle de l'ancien testament, toute orientale et autocratique. Sacré par les saintes huiles, Pépin commençait à se donner le titre de roi par la grâce de Dieu. Il se servait de préférence d'expressions qui tendaient à attribuer son pouvoir à la volonté divine. « Puisqu'il est certain, disait-il, que nous avons été placé sur le trône par la divine providence Puisque nous régnons par la miséricorde

divine Puisque les rois régnent par Dieu et que

dans sa miséricorde celui-ci nous a donné des peuples et des royaumes à gouverner ^. » Les assemblées du champ de Mars, autrefois composées exclusivement de Francs ingenui, étaient envahies par les chefs de l'Église gallo-romaine ; les placita pagorum étaient présidés par des comtes que les rois nommaient et qui vivaient dans les domaines de la couronne. En un mot, l'ancien ordre social des Francs était altéré, faussé de toutes manières. A la vérité le principe théocratique ne dominait pas en toutes choses ; le droit germanique n'était pas entièrement absorbé par le droit canon ; il demeura toujours en vigueur pour les hommes libres d'origine franque ; mais le nombre de ces ingenui diminuait incessamment.

La propreté libre, parfaite, absolue, tendait aussi

1 Quia divina nos Providentia in solium regni venisse manifestum est... et quia reges ex Deo régnant, nobisque gentes et jregna pro sua misericordia ad gubernandum commisit. (Hontheim, p. 122.) Juvante Dominus qui nos in solio regni instituit. (Bouquet, t. V, p. 704.) Quia per misericordiam Dei régna terr» gubernare videmur. {Ibidem, p. 708.)

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