LIVRE VIII, CHAPITRE I. «t
prédiction s'étant réalisée, Charlemagne voulut donner la terre de sa conception à saint Boniface K
Quant au berceau de Charles, à son lieu de naissance, nous n'avons d'autre témoignage que celui du moine de Saint-Gall. Ce chroniqueur, en parlant de la basilique d'Aix-la-Chapelle, bâtie par Charlemagne, s'est servi de cette expression : in genitali solo ^. Là dessus grande controverse, pour savoir s'il faut entendre par génitale solum le lieu de la naissance, le sol natal proprement dit, ou la patrie. Dans Tacite, genitalis dies signifie jour de la naissance ; genitalis terra, dans Ammien Marcellin, c'est la patrie, et natale solum, dans Ovide, a la même signification. Il n'est guère probable que le moine de Saint-Gall, en disant génitale solum, ait entendu désigner le lieu précis de la naissance de Charlemagne, car ce lieu ne lui était pas plus connu qu'àEginhard, qui déclare ne pas le connaître du tout, et ne savoir personne qui le connaisse. Et d'ailleurs Aix-la-Chapelle n'est mentionnée comme villa ou lieu d'habitation des Carolingiens dans aucun document historique antérieur à la naissance de Charles; la plus
> Unde natus rex eamdem terram conceptionis sus dédit sancto Bonifacio. (Brower, (/. c.)
* Cum strenuissimus imperator Karolus aliquam requiem habere potuisset, non otio torpore, sed divinis servitiis voluit insudare, adeo ut in genitali solo basilicam antiquis Romanorum operibus prsstantiorem fabricare propria dispositione molitus, in brevi compotem se voti sui gauderet. {De gestis Caroli imperatorit, I, 28, ap. Pertz, t. II, p. 744.)
ISS HISTOIRE DES FBANCS D'AUSTBASIE.
ancienne mention de cette localité se trouve dans une charte du 26 août 753 *. Il est donc très-probable que le moine de Saint-Gall, en qualifiant de genitàU solum^ par rapport à Charlemagne, le lieu où celui-ci avait fait bâtir Téglise d'Aix-Ia-Cbapelle, a entendu désigner TAustrasie, ou peut-être le pays des Ripuaires. Tout le monde savait que la famille carolingienne avait dans ce pays plusieurs viïlas^ Jupille, Cbèvremont, Duren, Tolbiac ou Zulpich ; il était assez naturel de penser que c'était là le sol natal, la patrie du grand homme.
L'écrivain de ce temps dont les paroles ont le plus d'autorité est Eginhard. Celui-ci avait vécu à la cour de Charlemagne et presque dans son intimité. Après sa mort, il écrivit l'histoire de son règne et la vie de l'empereur. Or, il déclare qu'on n'a jamais rien appris sur sa naissance, ni sur son enfance, ni même sur sa jeunesse ; que par conséquent il croit inutile de s'en occuper '. Mais il donne la date de la mort de l'empereur et l'âge qu'il avait à ce moment suprême, d'où l'on peut déduire l'année de sa naissance ; et comme on en connaît le mois et le jour, d'après un ancien calendrier de l'ab-
1 Prœceptmm Pippini régis pro mon, Soricmii, ap. Baluz., t. H, p. 1391.
* De cujiis nttiTiUte atqne infancia, Tel etiam pueritia, quia ne<iae scriptis nsquaiD aliquid dedaratum est, neqae quisqnam modo saperesse inTenitar, <iai honim se dkat habere notitiam, scribere ineptam jadicans, ad actus et mores ceterasqne litm iUios partes explicandas ac demonstrandas, omissis ignotis, transira disposai. (Fila KaroU imp,, c. 4.)