LIVRE VIII, CHAPITRE II
sons, avec M. Kervyn de Lettenhove, qu'en soutenant la négative, on peut avoir tout autant de chances d'être dans le vrai. Voyons donc les faits. Charles Martel, avant de mourir, avait, suivant Frédegaire, réuni les optimates et fait de commun accord le partage de ses États. Il avait donné à Garloman, l'ainé de ses fils, l'Austrasie avec la Souabe et la Thuringe, et à Pépin la Bourgogne, la Neustrie et la Provence. Charles mourut à Kiersy-sur-Oise, comme nous l'avons déjà dit, le 21 octobre 741. Il ne laissait à son troisième fils, Grifon, né de son mariage avec Zwanehilde, princesse de Bavière, qu'une sorte d'apanage. Mécontents du sort qui leur était fait, Grifon et sa mère lèvent l'étendard de la révolte et vont s'enfermer dans la ville de Laon, tandis que Hiltrude, sœur de Garloman et de Pépin, passe le Rhin avec une suite nombreuse, et, obéissant aux conseils de sa belle-mère, s'en va trouver Odilon, duc de Bavière, qui l'épouse sans le consentement des princes carolingiens. En même temps, les Aquitains, les Gascons et les Allemans se soulèvent ; les Bourguignons et les Neustriens n'obéissent qu'à regret aux fils de Charles Martel; et le duc de Bavière, Odilon, se prépare à leur faire la guerre. L'Austrasie seule leur est dévouée; c'est là qu'ils doivent trouver les forces nécessaires pour résister à tous leurs ennemis.
Est-il vraisemblable qu'en présence d'une pareille situation les deux frères aient pu immédiatement se séparer, que l'un se soit établi en Austrasie, l'autre