‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 69 sur 200 · LIVRE VIII, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAPITRE II

aller s'établir en Neustrie, qu'après la campagne d'Aquitaine et la convention de Vieux-Poitiers.

Le grand argument de ceux qui pensent que Pépin transféra sa résidence en Neustrie immédiatement après la mort de son père, se fonde sur l'absence de diplômes donnés par Pépin en Austrasie. « Qu'on ouvre les chartes émanéesde Pépin, ditM. Polain,une seule est datée de Herstal, le 28 avril 752, c'est-àdire à une époque où, par l'abdication de Carloman, l'Austrasie était, depuis plusieurs années déjà, passée sous la domination de ce prince; au moment même où il venait d'être proclamé roi. Tous ses autres diplômes, à part celui du 26 août 783, donné à Aix, au retour de l'expédition de Bavière, sont datés des villes et des palais des bords de l'Oise : c'est Vermeries, c'est Soissons, c'est Attigny, c'est Verneuil, c'est Vern, entre Paris et Compiègne, c'est Compiègne lui-même, c'est Chantilly, c'est Saint- Denis. Enfin, c'est également de Compiègne et de Quierzy que le simulacre royal, Childeric III, gardé à vue par Pépin, en attendant qu'il le fasse raser et enfermer dans un monastère, date, en 743, les premiers actes publics qui paraissent sous son nom *. »

Cet argument ne serait pas sans valeur, si l'assertion était exacte en tous points; mais M. Polain luimême, dans une autre notice lue à l'Académie quel-

1 Bulletin de l'Académie royale de Belgique, t. XXIII, i** partie, p. 690.

i3S HISTOIRE DBS FRAP^S D*A<ISTRASIB.

ques mois plus tard, cite un diplôme de Pépin daté de Metz le 1*' jaavîer 743 ^. Ce diplôme qm se ^ou?e dans la collection de Pardessus, t. Il, p. 382, est sans doute celui qu'a indiqué M. Huguenin, dans son ffisiaire du royaume mérovingien d'Austrasie (p. 574^. Il avait été précédemment publié dans le recueil 4e X>om Bouqwt, t. IV^ p. 718, et dans les Annales eceléêiasiiques de Lecointe, t. Y, p, 77, sous le titre de PrœcepUm Pipini, mqjoris damus^ pro Matriconenri eccles. S. Vincentii, avec cette formule finale : AcUm kalend. januurii, in anno secundo prindpatus Pippùd, incivUate Mettis, in poiatie regio. Il est donc certaiilf il est constaté par un acte public que Pépin habita le palais royal de Metz pendant l'hiver de 742 à 743. ûue deviennent après cela les insertions de M. Polain, qui, se fondant $ur l'absence de diplômes signés en Austrasie par Pépin, affirme que ce prince a^t transféré sa résidence en Neustrie depisis 741 !.....

En résumé* le lieu de naissance de Cbs^lemagoe est inconnu ; mais toutes les circonsitances du i9m>ment s'accordent avec les traditions, pour faire pr^ sumer qu'il est né en Australie, dans une des résî- 4ences princ^^ de ses ^m. Quelle «st c&tte résidence ? C'est une question impossible à r^soudr^, et qui n'est d'ailleurs d'aucune importance ; on peut faire remarquer toutefois que la résidence babitueUe de la £uaâlle, avant que Gbarlemagiiie eût fait con-

I ^uU^tin (k rMa4imk ro^e éf Belgique^ U XUU, ftm* ptrtie p. 347.

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siruire le palais d'Aix-la-Chapelle, était lupille ou H^stal.

Au surplus, le fils de Pépin et de Berthe était austrasien ou germain autrement encore que par sa naissance : il Tétait par son origine ainsi que par sa constitution physique, son éducation, ses goûts, ses mœurs, ses aptitudes naturelles. Éginhard nous a laissé de lui un portrait dont le type existe encore &à Belgique, comme en Allemagne et dans les Pays-Bas. « Il était gros et robuste de corps, dit-il, sa taUle était élevée, quoiqu'elle n'excédât pas une juste proportion, car il ^t certain qu'il n'avait pas plus de sept fois la longueur de ses pieds. Il avait te sommet de la tête arrondi, les yeux grands et vifs, le n«B un peu long, de beaux cheveux blancs et la physionoime riante H agréable : aussi r^ait-il dans toute sa personne, soit qu'il fût debout, soit qu'il lût assis, un air de grandeur et de dignité ; et qumqu'il eût le cou gros et ^urt, et le ventre proémiaei^, il était d'ailleurs si bten proportionné que c^ défauts ne s'apercevaient pas. Sa démarche était ferme, et tout son extérieur présaattait quelque chose de mile ; mais sa voix claire ne convenait pas parfoitement à sa taille. ^ »

C'est bien là le portrait d'un enfant de la Gemianie. Ce gros homme, on ne saurait s'y tromper, était Salien ou Ripuaire. Tout indique d'ailleurs que Karl

« VUaKaroUm^er.,cn,

aimait sa patrie ; ce qui permet de douter qu'il eût la conscience du mal qu'il lui faisait. Il cultivait avec amour sa langue maternelle et fit grand cas des poèmes tudesques dans lesquels les actions et les guerres des rois francs étaient célébrées. Le costume qu'il afTectionnait était celui de sa nation. « Il n'aimait point, dit Éginbard, les costumes des autres peuples, quelque beaux qu'ils fussent, et jamais il ne voulut en porter, si ce n'est toutefois à Rome, lorsqu'à la demande du pape Adrien d'abord, puis à la prière du pape Léon, son successeur, il se laissa revêtir de la longue tunique, de la cblamyde et de la chaussure des Romains ^.

Ses affections étaient évidemment pour les bords de la Meuse, la forêt des Ardennes et les environs

, d'Aix-la-Cbapelle. Il habitait de préférence à toute autre contrée ce pays qui était le berceau de sa famille. Il parlait aussi habituellement la langue de ses pères, un dialecte germain quelconque, soit le flamand ou l'allemand. Le latin, source des dialectes romans qui se formèrent dans la Gaule, était pour lui une langue étrangère *.

Qu'on nous pardonne de nous être arrêté si longtemps sur cette question de la naissance de

. Charlemagne. Nous verrons bientôt par les actions

* Einh. Vita KaroU imper,, c. S3.

* Nec patrio tantum sermone contentus, etiam peregrinis linguis ediscendis operam impendit; in quibus latinam ita didicit, ut œque illa ac patria lingua orare sit solitus. (Einh. Vita Karoli, imper,, c. 25).

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de sa vie, si le personnage dont plusieurs peuples se disputent le berceau, mérite à tous égards cet honneur.

III. — Éginhard rapporte qu'après la mort de Pépin, les Francs réunis en assemblée générale et solennelle reconnurent pour rois les jeunes princes Charles et Garloman, sous la condition préalable qu'ils se partageraient également le royaume ^ Dans ses Annales, il s'exprime ainsi : « Charles et Carloman Turent élus rois, du consentement unanime des Francs. Charles, dans la cité de Noyon, Carloman, dans celle de Soissons, prirent les insignes de la royauté *. » Le continuateur de Frédegaire dit qu'après la mort de Pépin, les rois Charles et Carloman se rendirent, chacun avec ses leudes, au siège de leur royaume, c'est-à-dire Charles à Noyon, Carloman à Soissons; que tous deux, furent élevés à la royauté et consacrés par les prêtres, dans des placites généraux tenus le même jour '.

* Franci siquidem facto solemniter generali conyenta ambos sibi reges constituunt, ea conditione prsemissa, ut totum regni corpus ex œquo partirentur. (Einh. Vita Karoli imper,, c. 3.)

* Filiî Yero Rarlus et Rarlomannus consensu omnium Francorum reges creati, et Rarlus in Noyiomo ciyitate, Rarlomannus in Suessona insignia

. regni susceperunt. (Einh. AnnaleSj ad an. 768.)

* His transactis, prsdicti reges Garolus et Carlomannus unusquisque cum lendibus suis ad propriam sedem regni eorum venientes, instituto placito, initoque consilio cum proceribus eorum, mense septembri die dominico 14 Rai. octobris Garolus ad NoYiomum urbem et Carlomannus ad

, Saxonis civitatem pariter uno die . a proceribus eorum et consecratione sacerdotum sublimati sunt in regno. {Fredeg, cont,, c. 137.) Voyez aussi

ut HISTOIRE DBS FRANCS DAUSTRASIB.

Rien œ peint mieux que les assertians précitées des chroniqueurs Fétrange confusion qui s'était faite dans le droit public et même dans les esprits, par Tamalgame des institutions nationales des Francs avec celles du peuple gallo-romain. Charles et Garloman avaient été couronnés et sacrés par le pape , en même temps que leur père ; ils étaient dte lors les héritiers présomptifs de la couronne^ et, par le fait de la mort de Pépin, ils devenaient rois de plein droit, suivant les principes de FÉglise ; mais il n'en était pas de même suivant les traditions des Francs. Aux yeux de ceux-ci, la royauté, sans être précisément élective, ne pouvait se transférer du père au fils, qu'avec l'assentiment du peuple, ou celui des grands qui étaient censés représenter la nation entière.

On a remarqué, quant au partage des États de Pépin, qu'une fraction de la Neustrie se trouva jointe à l'Âustrasie, de sorte que les limites de celle-ci furent reculées vers le sud jusqu'à l'Oise * ; elles embrassaient l'ancien duché de Dentelin. Cette observation a peu d'importance, car les deux parties du royaume

du» PerU, p. 446, Àmudes Laur, imaj,, ad ann. 768 : « Domnus tero Carolus et Garlomannus elevati suât in Mgnum «t d. Garoius 7 idis ûctabr. in Noviomo eivitate, Carioraannos in Suessionis dYîtate aimiliter. » M. Waitz pense que eette dernière date est la plus exacte. {Demicht ¥erfa^tmgigesckickte, U III, p. 9S.)

1 Kfirbex, Partage du rotfoime dee France entre Charlenutgne et Carhman, dans la BWiotkèque de i'éeok des eharUtf 4"» série, t. fi, p. 341.

UYRE Ytll, GEAPFTRS III. US

ne tardk*eBt pas à être réunies sous le sceptre de Cbarlemagûe.

La possession de TAquitaine paraît avoir été un sujet de diseorde ratre les deux frères. Ëginhard ne àk pas, comme le continuateur de Frédegaire, que -cette province fut partagée ; elte se trouvait, dit-il, dans le lot de Charles ^. Celui-ci, en effet, se montra fort impatient de s'en rendre maître. Pépin, avant de mourir, était bien persuadé d'avoir mis fin à ta guerre d'Aquitaine; mais le vieux duc Hunold, ^ui depuis vii^t-trds ans s'était retiré dans tin cloître, en sortit dès qu'il af^rit la mort de Aon fils Waifl^e, et voulut rétablir sa famille dans ta posses^on du duché. Charles résolut aussitôt de prendre les armes et de marcher contre lui. Il croyait pouvoir compter sur un prompt succès à l'aide de son flrère, dont il avait demandé l'assistance. Il eut avec lui une entrevue dont on ne connaît ni le lieu ni les d^ails. Ëginhard dit que Carloman fiit empêché par les mauvais conseils des seigneurs qui l'entouraient, de fournir à son frère le secours qu'il lui avait promis, et qu'après l'entrevue, il retourna dans ses États '. Charlemagne n'en poursuivit pas moins avec ardeur l'expédition commencée, bien résolu à

1 Xquitama pronacia, qii« in i oiten maioris ni^ Karli régis oesMftt (Einh. Annales, 769.)

' Sedeum fratris anxiMum ha^ra non passet, qêk pnxsflnim auorum pravo omsilione id hcetei i&pfldi^>atir, oo&locpdo tantum eam eo hablto in loco qui Duasdives vocatur, fratre in regnum suum rwBeantt ■ , (Einh. Ànmaesied.)

ne point abandonner son entreprise avant d*avoir complètement atteint le but. Il entra en campagne avec ses compagnons d*armes et quelques troupes qu'il avait pu réunir à Angoulême. A son approche, Hunold se sauva sans combattre. Charles se mit à sa poursuite et peu s'en Tallut qu'il ne le fît prisonnier ^ Mais la connaissance que celui-ci avait des lieux lui permit de se dérober à l'armée du roi ; il parvint à s'échapper et gagna la Gascogne, où il croyait trouver un asile *.

Loup, fils d'Hatton, était alors duc de cette province ; Hunold ne craignit point de se mettre entre s^es mains ; il oubliait sans doute le traitement barbare qu'il avait fait subir à son père. Mais Charles ne voulant pas souffrir qu'il joutt paisiblement de cette retraite, passe la Garonne, envoie des députés au duc Loup, pour réclamer la remise du fugitif et lui fait savoir que, s'il n'obtient pas cette satisfaction, il va envahir la Gascogne, et qu'il n'en sortira qu'après l'avoir forcé à l'obéissance. Loup, épouvanté des menaces du roi, ne se contenta point délivrer Hunold et sa femme; il se mit lui-même au pouvoir de Charles avec la province qu'il commandait '. On ne

« nie Egolisenam Aquitani» civitatem proficiscitur, et inde, contractis undique copiis, fugientem Hunoldum persequitur, paulumqae abfuit, quin caperet. (Einh. Annales, 769.)

* Sed ille notitia locorum, in quibus régis exercitum latere poterat, V liberatus est, dimissaque Aquitania Wasconiam petiit, tutum se ibi fore . arbitratus. {Ibid.)

• Lupus minis régis perterritus, Hunoldum et uxorem ejus sine cane-

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