LIVRE YIll, CHAPITRE IV. Uô
sait rien de positif sur la fin d'Hunold *. Son neveu, Loup, fut confirmé dans le gouvernement du duché de Gascogne.
En attendant le retour de la députation envoyée au duc Loup, Charlemagne avait fait construire sur la Dordogne un château fort qu'il appela Franciac * et que depuis on nomma Fronsac, château destiné à contenir les Aquitains dans Tobéissance et le devoir. Lorsque la construction de cette forteresse fut achevée, il repassa la Loire avec son armée et revint en Austrasie. Éginhard dit qu'il célébra la solennité de Noël (769) à Duren, près d'Aix-la-Chapelle, et la fête de Pâques à Liège. '.
IV. — Nous avons déjà pu voir que la plus parfaite harmonie ne régnait pas entre les fils de Pépin le Bref. Carloman était fort jeune ; il n'avait, à la mort de son père, que seize à dix-sept ans. Charles eu avait plus de vingt-six. La supériorité de celui-ci offusquait son frère cadet, qui se montrait mécontent de son lot dans la succession du roi Pépin. « Il y eut bien des gens, dit Éginhard, qui s'efforçaient de
tatione reddidit, se quoque qusecumque imperarentur facturum spopondit. (Einh. Annales, 769.)
» Chron, Sigeb, ad ann. 769, ap. Bouquet, t. V, p. 376; Ex vita SS. Bertharii et Athaleni martyr., L c, p. 444.
* At rex, donec legati quos miserai reverterentur, castellum quoddam iuxta Dornoniam fluvium Tocabulo Franciacum œdificat. (Einh. Annales, 769.)
* Reversis igitur legatis, reducto perfuga, œdificato castello, in regnum suuin regreditur ; celebravitque natalem Domini in villa Duria et pascht apud sanctum Lantbertum in yico Leodico [Ibidem,)
1M HISTOIRI DBS FRANCS D'AUSTRASIB.
troubler leur union^ et quelques*unsi même allèrent jusqu'à vouloir exciter une guerre en^ les deux frères*.» La reine Berthe parvint à détourner ce malheur. En 770, elle fit venif s<m fils Garloman à Seltz, en Alsace» pour le rapproeber de Gbarlea qui était alors à Worms, et elle amena entre enx une apparente réconciliation ^. Mais ce n'était poin4^ assez : dans sa sollicitude pour le bonheur de ses fils, elle voulut aussi les reconcilier avec tes princes voisins qui avaient des motife de haine contre les Francs.
Didier, roi des Lombards, avait déjà oublié les promesses solennelles qu'il avait fiaites au pape et les serments qu'il avait prêtés. De même que ses prédécesseurs, il aspirait à dépouiller le pontife romain des villes et territoires qui lui avaient été concédés. Par cela même il détestait les princes carolingiens, qui soutenaient le pape et mettaient obstacle à ses projets d'envahissement. Tassilon, duc de Bavière, que nous avons vu abandonner Pépin dans la guerre d'Aquitaine, en 763, avsdt épousé peu de temps après, une fille de Didier, nommé Luitberge. Depuis lors, il s'était rangé du côté de son beau-père t Cette espèce de défection tenait peut-être
< Mnisitqae ista, qaamyis cttm simimt difficoltate, concordiâ, mnltis ex parte Karlomanni societatem separare molientibus, adeo ut quidam eos etiam bello oommittere sint meditati. (Vita KaroH imp,, c. 3.)
* Bertfarada tero, mater regam, cum Kariomanno raraore filiô apod Salasiam locata, pacis causa in Italiam proficistur. (Einb. Annales^ 770.)
LITRE Vni, CHAPITftB IT. HT
plus encore à son amour-propre qu'à ses Mens de fitmille; il était humilié de se voir traiter par Pépin comme un vassal, et affisctart de se conduire comme un prince tout-à-fait indépendant ^.
La reiitô Berthe, effrayée des dangers qui semblaient menacer le trône de ses fils, se rendit d*abord auprès du duc de Bavière, et puis elle passa en Italie pour aller traiter directement avec le roi des Lombards. Celui-ci, qui craignait les Francs plus encore qu'il ne les baissait, accueillit avec joie les avances de la vieille reine et concerta avec elle un projet d^alliance entre les deux familles. Didier avait un fils et une fille non mariés ; il fut convenu que son fils Adelgise épouserait Gisèle, sœur de Charles et de Carloman, et qu'en retour il donnerait sa fille, Hermangarde, à l'un ou l'autre de ces deux princes.
Le pape Etienne III s'oppo^ de toutes ses forces à l'exécution de ce projet. Il regardait l'alliance projetée comme un danger pour l'indépendance du saint-siége. Désormais protégés par les Francs, les Lombards pouvaient devenir pour le pontife de Rome des ennemis redoutables. Etienne écrivit à Charles et à Carloman des lettres violentes, dans lesquelles il leur rappelait que déjà ils étaient mariés, et insistait fortement sur l'indissolubilité des
^ Noos ayons de lui une ordonnance {Decretum TassHonis^ dueii Bajoariorum) dans laquelle il se contente, à la Térité, de prendre le titre de dne ou de prinde (prineeps), mais en parlant de ses États, il se sert du mot royaume, regnunu
liens du mariage. « Il est impie, disait-il, de prendre d'autres femmes, quand déjà vous en avez à votre couche; souvenez-vous que notre prédécesseur de sainte mémoire insista auprès de votre père pour qu'il ne répudiât pas votre mère, et que Pépin y consentit. Il serait déplorable que la noble nation des Francs se souillât du contact de la très-fétide nation des Lombards, qui n'est pas comptée parmi les peuples; de Désiderate naîtrait une lignée lépreuse. Quelle similitude peut-il exister entre la lumière et les ténèbres, entre le fidèle et Tinfidèle ? Recevez, comme les très-illustres et très-nobles rois de votre patrie, une belle épouse de la noble race des Francs, et il vous convient de vous unir à elle par Famour ; et certes renoncez à vous mêler par la consanguinité avec des nations étrangères, car ainsi ont agi vos aïeux et votre père. Rappelez à votre mémoire que, lorsque Tempereur Constantin s'efforça de porter Pépin à épouser sa fille, la très-noble Gisèle, il ne voulut pas s'unir à une étrangère contre la volonté du saint-siége *. »
1 Impium est alias accipere uxores super eas, quas primitbs tos certum est accepisse... Mémento hoc, prœcellentissimi filii, quod sancts recordationis prsedecessor noster dominus Stephanus papa, excellentissims, mémorise, genitorem Testrum obstatus est, ut, nequaquam prsesumeret dimittere dominam et genitricem Yertram, et ipse... obtemperavit... Hsec proprie diabolica immissio est... quœ est talis desipientia, quod vestra prœclara Francorum gens... perfidà et fsetentissimà Langobardorum genti polluatur, quœ in numéro gentium nequaquam computatur, de cujus natione et leprosorum genus oriri certum est... Quœ enim societas lucis ad tenebras, aut quœ pars fideli cum infidèle?... Accipientes sicut prœclari et