‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 73 sur 200 · LIVRE TUI, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE TUI, CHAPITRE V

mains de Charlemagne, elle avait déjà une immense étendue *, et se composait d'éléments si divers que leur cohésion exigeait des prodiges d'habileté et d'énergie. La nation franque proprement dite occupait la Belgique et le nord de la France actuelle, une partie de la Champagne, la Lorraine, les Pays-Bas et les deux rives du Rhin depuis la mer du Nord jusqu'à l'Alsace. Autour de ce noyau étaient les pays conquis, annexés ou seulement tributaires. Les Burgondes, qui habitaient la Bourgogne, la Franche- Comté et la Suisse, malgré quelques différences dans les mœurs et les usages, se confondaient avec les Francs sous le rapport politique ; il en était de même des Allemans, qui occupaient l'Alsace et la Souabe. Grâce à l'intervention du clergé catholique, les Gaulois supportaient assez patiemment le sort que leur avait fait la conquête. Seuls les Bretons étaient toujours disposés à la révolte, bien qu'ils eussent plusieurs fois reconnu la suprématie

^ À la mort de Pépia, en 768, l'empire des Francs, composé des trois royaumes de Neustrie, de Bourgogne et d'Austrasie, comprenait, suivant Ëginhard, « la partie des Gaules qui s*élend entre le Rhin et la Loire, l'Océan et la mer Baléare, la partie de la Cîermanie située entre la Saxe, le Danube, le Rhin et la Sâle, de plus l'Alemannie et la Bavière; » en d'autres termes, les pays qui forment aujourd'hui les trois quarts de la France, la Belgique, la Hollande, la Suisse, le grand duché du Bas-Rhin, le Wurtemberg, la Bavière, et les autres petits États de la confédération germanique. Le royaume de Pépin avait donc environ deux cents lieues de longueur de Sud-Ouest au Nord-Est, et deux cent cinquante lieues dans sa plus grande largeur de l'Est à l'Ouest, depuis l'extrémité de la Bavière jusqu'à celle de la Neustrie. (Teulet, Œuvres complètes d'Êginhard, 1. 1, p. 408.)

des Francs. Mais les Thuringiens, qui demeuraient depuis les bords de la Fulde jusqu'au-delà de la Sale, et qui avaient été forcés à se soumettre, n'attendaient qu'une occasion pour secouer le joug qu'on leur avait imposé. Il faut en dire autant des Bavarois, dont le duché embrassait alors, outre la Bavière, le pays de Salzbourg et la plus grande partie de l'Autriche. Au nord, les Frisons et les Saxons étaient plus disposés à envahir le royaume qu'à payer le tribut auquel ils s'étaient engagés. Au midi les haines n'étaient pas moins vives : au-delà des Alpes, les Lombards, au-delà des Pyrénées, les Arabes étaient ennemis déclarés de la monarchie franque.

Charlemagne parvint à dominer tous ces peuples et à étendre les limites de son royaume, du nordest au sud-ouest, sur une ligne d'environ quatre cents lieues, depuis l'Oder jusqu'à FÈbre, et du nord au midi, sur une ligne un peu plus longue encore, depuis la mer du Nord jusqu'à la Calabre. Il ajouta successivement aux États de son père : au sud, tout le midi de la France, et de plus la Catalogne et une partie de la Navarre au-delà des Pyrénées ; au nord, le Hanovre, le Brandebourg, la Silésie et la Saxe; à l'est, tous les pays qui composent aujourd'hui l'empire d'Autriche ; au sud-est, l'Italie presque entière, sauf la partie méridionale du royaume de Naples ^ Nous nous proposons de suivre Charle-

« Teulet, 1. 1, p. 409.

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