LIVRE VIII, CHAPITRE VI
magne dans toutes les expéditions qui lui valurent cette immense extension de territoire ; mais ce ne sont pas seulement ses exploits que nous aurons à décrire, nous voulons surtout exposer la marche, le mobile et le caractère de sa politique.
VI. — La veuve et les enfants de Carloman avaient été accueillis par le roi Didier, devenu Tennemi déclaré de Charlemagne depuis que celui-ci lui avait renvoyé sa fille. La rancune est une mauvaise conseillère ; elle porta le prince lombard à vouloir faire des fils de Carloman les instruments de sa haine. Il engagea le pape Adrien, successeur d'Etienne III, à leur administrer Fonction royale, afin de jeter la division parmi les Francs ^. Adrien n*eut garde de se prêter à cette exigence et de se brouiller avec celui dont Tappui lui était indispensable. Mais Didier» mécontent du pape, réclama les villes de Ferrare, de Faenza et de Gommacchio, qui n'avaient pas été comprises dans la donation de Pépin, et entreprit une guerre pour s'en emparer. C'était fournir à Charlemagne l'occasion de passer les Alpes. En effet, le pape Adrien, ne pouvant plus résister aux exigences des Lombards et de leur roi, résolut, en 773, d'envoyer à Charles une ambassade pour réclamer sa
* Nitebatur ipse Desiderius atque inhianter deoertabat, qaatenus ips| filii ejusdem Carlomauni regnum Franconim assumpsisset. Et ab eo ipsum sanctissimum prflesulem... seducere conabatar, ut ipsos antefati Carolo* manni filios reges ungeret, cupiens divisionem in regno Francorum immittere. [Vita Hadriani, p. iSi; Waitz, Verfastungsgeschichte, t. HI, p. 94.)
t5i UISTOIRB DES FRANCS D'AUSTRASIB.
protection. Le roi était alors à Tbionville, où il avait passé l'hiver ; il y reçut l'envoyé du saint-siége qui lui exposa l'objet de sa mission. Nous ne savons pas quelle fut la réponse de Charlemagne, mais à en juger par les événements qui suivirent, elle dut être favorable aux vœux d'Adrien.
En effet le Heerbann des Francs fut convoqué la môme année à Genève. C'est là que Cbarlemagne fit l'inspection de son armée ; il la divisa en deux corps ; donna le commandement de l'un à son oncle, Bernard, qui devait franchir les Alpes par le Mont-Jou, appelle aujourd'hui le Grand Saint-Bernard ^ ; luimême se mit à la tête d'une partie de l'armée et marcha sur rilalie par le Mont-Genis. Le roi Didier fit de vains efibrts paur l'arrêter ; il fut mis en fuite et alla s'enfermer dans Pavie avec une partie de ses troupes. Son fils Adalgise, ainsi que la veuve et les enfants de Carloman se sauvèrent avec l'autre partie dans Vérone. Depuis longtemps, Didier avait mis la ville de Pavie en état de soutenir un long siège ; mais la place de Vérone n'était probablement pas aussi bien fortifiée. La crainte de tomber dans les mains du vainqueur détermina Adalgise à sortir de cette place pendant la nuit ; il s'embarqua et alla cher^ cher un asile auprès de l'empereur Constantin Copronyme à Oonstantinople. Peu de temps après, Vérone fut occupée par les Francs, auxquels les ha«
^ Suif ant Eckbart, et fot le duc Bernard qui doDOt son nom à cafete montagne.