LIVRE Vlli, CHAPITRE VII
lai, le roi fit transférer Didier à Tabbaye de Corbie, où il finit ses jours ^
Le royaume des Lombards continua de former, après la conquête, un État distinct, ayant sa constitution et ses lois particulières. Il ne fut pas incorporé au royaume des Francs ; il ne fut pas même mis &OUS sa dépendance. Charlemagne lui conserva ses assemblées nationales, et les convoqua lui-même ; il fit pour les Lombards des lois spéciales, et prit le titre particulier de roi de Lombardie. On a même dit qu'il s'était fait couronner par l'archevêque de Milan, qui lui aurait mis sur la tête la couronne de fer, ainsi appelée parce qu'elle était garnie intérieurement d'un anneau de fer ; mais les historiens ne sont pas d'accord sur ce point, qui est sans importance réelle.
Les succès du roi des Francs lui valurent les félicitations les plus affectueuses de la part d'Adrien, qui eut l'habileté d'attribuer la défaite des Lombards à l'intercession de l'Église auprès de la Divinité. Dans la lettre qu'il lui écrivit à ce sujet, il s'exprime ainsi : « Crois-moi, grand roi, roi très -chrétien, bon et excellent fils, sois pleinement persuadé qu'aussi longtemps que, selon ta promesse, tu seras fidèle et fervent dans ton amour pour le prince des Apôtres, le Dieu tout-puissant t'accordera des succès sans interruption et des victoires sans bornes... Je prends
Anselmi canon. Leod., c. XXXII, ap. ChapeauYille, 1. 1, p. 149; Mabillon Acta SS. ord. S, Bened,, t. IV, p. 446.
« Annales Sangailenses, ap. Pem, 1. 1, p. 75.
Dieu à témoin que depuis le jour où tu es parti de Rome pour ces contrées (la Lombardie), non-seulement tous nos prêtres, et tous les religieux des monastères, mais encore tout le peuple, ont prié pour toi tous les jours et même à toutes les heures^.»
Hegewich fait remarquer que la conquête de la Lombardie n'ajouta pas seulement à la puissance de Gharlemagne, qu'elle agrandit aussi ses vues. L'Italie avait encore conservé une grande partie de la culture romaine ; elle offrait encore quelques villes où fleurissaient jusqu'à un certain point le commerce et l'industrie. Les arts et les sciences n'y étaient pas tout à fait inconnus. Elle avait, sous ce rapport, de grands avantages sur le royaume des Francs ; le génie de Gharlemagne était propre à les apprécier et à concevoir l'idée de les procurer à ses autres États *.
Gharlemagne fut rappelé vers les régions du Rhin par une invasion des Saxons sur le territoire des Hessois. La guerre contre les Saxons était commencée depuis Tan 772; elle se fit pour ainsi dire en même temps que la guerre d'Italie ; mais c'est un sujet trop important, sous le rapport de la réaction anti-germanique, pour être traité d'une manière incidente ; nous nous réservons d'en faire un exposé complet dans le livre suivant.
VIII. — Nous avons déjà parlé des Sarrasins, à propos de la victoire que Gharles Martel remporta
« Dom Bouquet, t. V, p. 544.
* Hegew., Ge$ch. der Reg, Kai$, KarU, p. iiS.