LIVRE VllI. CHAPITRE XI
révolte ; il laissa pendant quelques années Aréghis en possession paisible de sa prétendue souveraineté, parce que la guerre contre les Saxons ne lui permettait pas de porter en Italie assez de forces pour réduire cet ennemi nouveau; mais en 786, vers la fin de l'automne, il se mit en campagne. Il conduisit d'abord son armée dans les environs de Florence et de Rome, où il la laissa se reposer tout l'hiver. Quand le duc fut informé de ses projets de conquête, il fit tous ses efforts pour l'en détourner, il lui envoya Rumoald, son fils aîné, avec des présents, pour le supplier de ne pas envahir ses États. Charlemagne fut inflexible; il retint Rumoald auprès de lui, et dès le retour de la belle saison, il se porta avec ses troupes sur la frontière des Bénéventins. Il assit son camp non loin de Capoue. Aréghis n'osa ni défendre sa capitale ni se présenter aux Francs en pleine campagne ; il abandonna Bénévent et se retira avec les siens à Salerne, ville maritime et mieux fortifiée. Il aurait pu se défendre dans cette place, soutenir un siège, comme avait fait Didier à Pavie, mais il aurait fini par succomber. Il aima mieux se soumettre. Il envoya au roi une ambassade composée d'évêques et d'abbés, avec force présents, et ofitit de lui jurer fidélité et obéissance en toutes choses, de lui payer un tribut annuel et de lui livrer ses deux fils en otages. Ces propositions furent acceptées ; Charlemagne envoya des commissaires pour recevoir le serment de fidélité du duc et celui de toute la nation ;
il se fît donner onze otages par les Bénéventins et accepta comme douzième le plus jeune des fils d*Aréghis, appelé Grimoald. L'autre, Rumoald, eut la faculté de retourner chez son père.
Les historiens comtemporains s'étonnent beaucoup de cette modération, qui n'était pas dans le caractère de Charlemagne, mais qui devait avoir pour cause particulière, comme nous le verrons bientôt, soit la crainte d'une intervention de l'empereur des Grecs, soit la nécessité de porter ses forces contre le duc des Bavarois.
Xn. — Tassilon avait laissé détrôner son beaupère sans venir à son secours ; mais cela ne l'empêchait point de prendre vis-à-vis du roi des Francs une attitude d'indépendance que celui-ci n'était guère disposé à tolérer. Charlemagne, pendant son premier séjour à Rome, en 781, en avait conféré avec le pape Adrien ; ils étaient convenus de lui envoyer conjointement des députés, pour lui rappeler le serment qu'il avait fait au roi Pépin, à ses fils et aux Francs, de leur être soumis et de les servir avec fidélité. Tassilon effrayé déclara qu'il était prêt à se rendre en la présence du roi ; et en effet il vint trouver Charlemagne à Worms, où il prêta le serment qu'on lui demandait. Il donna ensuite douze otages, qui furent ramenés de Bavière à Quierzy par l'évêque de Ratisbonne *.
t Et conjungens se... dux in prœsentiam piissimi régis ad Wormaciam civitatem, ibi reuovans sacramenta et dans XII obside^ electos, ut omnia