LIVRE VIII» CHAPITRE XII
Mais il parait que Tassilon, de retour dans ses États, ne garda pas longtemps la foi qu'il avait jurée; il chercha des alliés dans la nation des Huns. On donnait ce nom à toutes les hordes barbares qui, sorties de l'Asie, avaient envahi, vers le milieu du sixième siècle, le Norique, la Pannonie et la Dacie, aujourd'hui l'Autriche et la Hongrie. Leur véritable nom était Ogres, dont les Grecs avaient fait Abares ou Avares ^ . Les relations du duc des Bavarois avec les Avares ne tardèrent pas à être connues de Charlemagne : car Tassilon s'attendait probablement à être puni de sa défection, lorsqu'en 787 il envoya des députés à Rome, où Charles se trouvait encore. Évidemment il s'agissait de conjurer un orage. Arnon, archevêque de Salzbourg, et Hunrich, abbé du monastère de Mondsee, vinrent supplier le pape de vouloir être le médiateur du duc auprès du roi des Francs. Le pontife ne crut pas devoir repousser cette demande; il s'empressa de transmettre au roi l'objet de leur mission , afin de rétablir , dit Éginhard, par l'intervention de son autorité apostolique , la paix et la concorde entre ce prince et Tassilon ^. Mais Charlemagne ayant demandé aux
conservaret quicquid d. Pippino regi promiserat jurejurando, in causa supradicti d. Caroli régis vel fidelium suorum. (Ann. Laur, maj.
ann. 781.)
1 On lit dans une lettre d'Alcuin : Viriliter et Avari, quos nos Hunnos dicimus exarserunt, (D. Bouquet, t. V, p. 607.) Charlemagne, dans une lettre à Fastrade, les appelle aussi Avari, [Ibidem, p. 623.)
« Einh. Annales, 787.
députés quelles garanties ils comptaient lui donner pour appuyer leurs propositions de paix, ils répondirent qu'ils n'avaient aucune instruction k ce sujet, et qu'ils ne pouvaient faire autre chose que rapporter à leur maître la réponse du roi et celle du pontife. Celui-ci répondit par une menace d'excommunication, si jamais il arrivait aux Bavarois de manquer au serment de fidélité qu'ils avaient prêté. Quant au roi, il fît bientôt connaître sa réponse en dirigeant ses armes contre la Bavière.
Toutefois il tint préalablement une assemblée générale à Worms, et y exposa, en présence des grands du royaume, tout ce qu'il venait de faire en Italie, sans omettre les négociations ouvertes avec le duc des Bavarois, et les raisons qu'il avait de douter de sa fidélité. Il annonça en même temps sa résolution d'éprouver comment Tassilon voudrait agir après les engagements qu'il avait pris. Il rassembla en conséquence une armée nombreuse, qu'il divisa en trois corps, et se prépara à marcher sur la Bavière. Il ordonna à son fils Pépin de se rendre avec les troupes d'Italie dans la vallée de Trente. Les Francs orientaux et les Saxons durent marcher sur le Danube jusqu'à Pfrœring, au-dessous d'Ingolstadt, dans le cercle de Regen. Le roi lui-même, avec le corps d'armée dont il s'était réservé le commandement, s'avança jusqu'au Lech, qui séparait les Allemans des Bavarois ; il s'arrêta dans le faubourg de