LIVRE VIII, CHAPITRE XIII. 1T
que rimpératrice Irène lui avait envoyé, lorsqu'il mourut, un mois seulement après avoir perdu son fils Rumoald.
Les Bénéventins envoyèrent aussitôt des députés à Charlemagne pour lui annoncer la mort de ces deux princes et pour le prier de mettre en liberté Grimoald, qui était en otage auprès de lui. Charles acquiesça à leur demande, quoiqu'il fût bien informé des secrètes infidélités d'Aréghis et malgré l'opposition du pape ^. Il envoya Grimoald à Bénévent avec le titre de duc, après lui avoir fait jurer de reconnaître sa suprématie et de raser les fortifications de Salerne et des autres places de son duché ^. Il nomma en même temps Hildebrand duc de Spolète. L'un et l'autre eurent bientôt l'occasion de faire preuve de reconnaissance et de dévoûment. L'empereur Constantin avait ordonné au patrice Théo-
^ Voici ce que le pape Adrien lui écrivait à cette occasion : « Que Votre Excellence Royale se hâte d'envoyer ses meilleures armées du côté de Bénévent; et alors, notre cher fils que Dieu protège, il nous semble convenable que, lors même que les Bénéventins voudraient faire toutes vos volontés, vous ne consentiez en aucune manière à leur rendre Grimoald, fils d'Arégise. Toutefois le Seigneur vous a accordé sa prudence et sa sagesse pour que vous fassiez tout ce qui conviendra à votre intérêt et au nôtre... Mais si les Bénéventins ne veulent pas se soumettre à tous vos ordres, hâtez-vous d'y envoyer une telle armée, que cela puisse tourner au
profit de notre sainte Église et de votre Excellence Royale Surtout,
qu'elle soit bien assurée que ce n'est par aucune avidité d'acquérir les cités que vous avez données à saint Pierre l'apôtre et à nous que nous vous pressons ainsi ; ce n'est que pour l'avantage qui en reviendra à la sainte Église de Dieu et pour la gloire que Votre Excellence en recueillera par ses victoires. » [Codex Carolinus, epist. 90, p. 574.)
• Hegewisch, Geschichte der Regierung Kaiser Karls des Grossen, ch. IV.
dore, préfet de Sicile, et aux autres ducs de cette province, de ravager les frontières des Bénéventins. Lorsqu'ils se mirent à exécuter cet ordre, Grimoald et Hildebrand, accompagnés d'un lieutenant du roi, Winigise, marchèrent contre les Grecs avec les troupes qu'ils purent rassembler. Dans la première rencontre, l'ennemi laissa sur le champ de bataille une multitude des siens, tandis que les Francs, vainqueurs sans avoir éprouvé de grandes pertes, ramenèrent dans leur camp un grand nombre de captifs et un riche butin ^.
XIV. — On a quelques raisons de croire que les Avares n'étaient pas sans avoir des relations avec les Grecs, et que les hostilités des uns et des autres contre les Francs étaient plus ou moins concertées. En effet, dès que les Avares eurent appris que l'armée grecque avait été vaincue dans la Galabre, ils envoyèrent des députés à Worms,oii Charlemagne avait passé l'hiver, pour régler avec lui la délimitation de leurs frontières. Mais le roi des Francs avait des vues qui ne lui permettaient pas d'entrer en arrangement avec les Avares. Non-seulement il voulait se venger des incursions qu'ils avaient faites dans ses États et les punir du système de déprédation qu'ils avaient constamment pratiqué depuis leur établissement en Hongrie; mais il voulait, en ajoutant de nouvelles provinces à son empire, étendre le cercle
> Einh. Annales, 788.