‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 89 sur 200 · LIVRE VIII, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAPITRE XIV

d'action de TÉglise. Les Avares étaient des païens qu'il avait à cœur de convertir, comme les Saxons, ou de chasser des terres qu'ils occupaient. Aussi leurs députés, loin d'avoir réussi dans leur mission, purent-ils, en retournant chez eux, annoncer que les Francs se préparaient à aller porter la guerre dans leur pays.

Cependant Charles n'entra en campagne que vers la fin du printemps de 791. 11 forma de ses meilleures troupes deux corps d'armée : l'un composé de Saxons et de Frisons, fut confié au comte Théodoric et à Megenfrid, le chambellan du roi, avec ordre de le conduire par la rive septentrionale du Danube. Le roi, qui commandait en personne l'autre corps d'armée, composé de Francs, se dirigea vers la Pannonie en suivant la rive méridionale. Les Bavarois descendirent le fleuve pour escorter les bateaux qui portaient les bagages de l'armée. Charles établit son premier camp sur les rives de l'Ens ; cette rivière avait toujours été considérée comme formant la limite entre la Bavière et le pays des Avares. Avant de franchir cette limite, il voulut sanctifier, comme dit Hegewisch, une expédition qui était dirigée contre des païens, dans un but tout à la fois politique et religieux. Il ordonna trois jours de jeûnes et de prières, pendant lesquels il fut défendu, à moins de dispense, de manger de la viande et de boire du vin. Les dispenses se payaient un prix proportionné aux ressources de ceux qui les demandaient. On fit, outre cela, une col-

lecte pour les pauvres. Chacun des prêtres qui se trouvaient dans le camp fut tenu de dire la messe, et tous les autres ecclésiastiques de chanter cinquante psaumes. Enfin il y eut des processions où tous les prêtres marchaient nus pieds *.

Après avoir accompli toutes ces cérémonies, Charlemagne passa la frontière, attaqua les Avares et les chassa devant lui. Les forteresses qu'ils avaient construites, Tune sur le Camb, l'autre près de la cité de Comagène sur le mont Cummeoberg *, furent détruites, et tout le pays ravagé. Le roi arriva avec son armée sur les bords du Raab, qu'il traversa ; puis, suivant le cours de cette rivière, il s'avança jusqu'à son embouchure. Il ne poussa pas plus loin son expédition, pour cette année, et résolut de revenir par la Pannonie. Il donna à Théodoric et Megenfrid l'ordre de reprendre le chemin qu'ils avaient déjà suivi, et de ramener par la Bohême les Saxons et les Frisons qu'ils commandaient. Quant à lui, après avoir parcouru et dévasté une grande partie de la Pannonie, il ramena l'armée des Francs, saine et sauve, en Bavière , où il la congédia. De sa personne

* Nos autem, Domino adjuvante, tribus diebus litaniam fecimus, id est, Nonis Septembris, quod fuit lunis die, incipienter et Martis et Mercuris... Caroli M. épisu, ap. Bouquet, t. V, p. 623.)

• Suivant M. Pertz, la ville de Comagène, détruite depuis longtemps, aurait occupé l'emplacement où se trouve aujourd'hui le bourg de Koenigsstâdten, à quatre lieues de Vienne, et la forteresse des Avares aurait été placée à l'extrémité du mont Koumberg, où s'élève aujourd'hui le château de Greifenstein.

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