‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 90 sur 200 · LIVRE VIII, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAPITRE XIV

il se rendit à Ratisbonne, pour y passer Thiver. Charlemagiie avait Tintention de continuer cette guerre Tannée suivante ; il fit même construire, dans cette pensée, un pont de bateaux sur le Danube ; mais d'autres soins rappelèrent d*abord dans ses États, ensuite dans le pays des Saxons. La conduite de la guerre contre les Avares fut confiée h son fils Pépin, celui qiii dans le principe portait le nom de Carloman. Pépin entra en Pannonie avec une armée dltaliens et de Bavarois. Les Italiens étaient commandés par Héric, duc de Frioul, et les Bavarois par Gérold, l'un des premiers ducs amovibles ou gouverneurs de la Bavière. Cette guerre dura plusieurs années ; les Avares furent repoussés au-delà de la Theiss, et leur ring fut emporté d'assaut. Ce qu'ils appelaient de ce nom était un vaste cercle ou camp retranché, au milieu duquel se trouvait la résidence de leur chef ou Chagan. On en trouve une curieuse description dans le livre II du moine de Saint-Gall. La première attaque contre le ling fut dirigée par Heric, duc de Frioul. Il paraît que les Avares y avaient accumulé depuis longtemps d'immenses richesses. Tout leur argent et leurs trésors furent livrés au pillage. « De mémoiie d'homme, dit Éginhard, les Francs n'avaient pas encore soutenu de guerre qui les eût enrichis davantage et comblés de plus de dépouilles. Jusqu'alors ils avaient toujours passé pour un peuple assez pauvre; mais ils trouvèrent tant d'or et d*argent dans la demeure du Chagan, ils s'enri-

chirent dans les combats d'un butin si précieux, qu'on esf fondé à croire qu'ils enlevèrent avec justice aux Huns ce que les Huns avaient injustement enlevé aux autres nations *. »

Qu'on ne pense pas que dans les péripéties de cette guerre, Charlemagne eût perdu de vue son but de propagande ecclésiastique. Nous ignorons ce qui eut lieu à cet égard dans l'intérieur du pays des Avares; mais quelques faits extérieurs nous prouvent que les affaires de l'Église ne furent point négligées. Nous voyons en effet qu'en 798, l'un des principaux chefs des Avares, nommé Tudun par ceux de sa nation, dit Éginhard *, envoya à Charlemagne une ambassade, qui fut reçue dans son camp sur l'Elbe. Ce chef promettait de se rendre lui-même auprès du roi et de se faire chrétien. L'année suivante, en effet, ce même Tudun vint à Aix-la-Chapelle, où il fut baptisé avec tous ceux qui l'accompagnaient 5. Tous prêtèrent serment de fidélité à Charlemagne ; mais ils ne gardèrent pas longtemps la foi promise. Rentré dans son pays, Tudun excita les Avares à un soulèvement général, à la suite duquel Heric de Frioul et Gerold de Bavière en-

* Einh., Vita Karoli imper,, c, 43.

* Qui apud suos Tudun vocabatur. (Einh. Ann,, 795). Tudun était-il un nom d'homme ou un nom de dignité? Les avis sont partagés sur ce point. M. Pertz dit : a Tudun, nomen dignitatis, non hominis, quod et noster innuit. » Mais on lit dans la chronique de Moissac : « Avarorum regulus quidam nomine Thodanus. »

* Einh. Annales, 796.

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