LIVRE VIII, CHAPITRE XV
se prosterne trois fois devant le souverain pontife; trois fois aussi le menu peuple «e courbe à ses pieds dans la poussière, et par trois fois le pape adresse mentalement au ciel des prières pour ce peuple.
« Arrivés au milieu du cercle, le roi et le pape s'entretiennent de diverses choses ; Charles s'informe des malheurs qu'a subi le vénérable prélat, et c'est avec le plus grand étonnement qu'il apprend comment il a recouvré les yeux et la langue qu'un peuple impie lui avait arrachés. Ils marchent ensuite vers le temple ; sur le seuil, les prêtres entonnent, ii la louange du Créateur, un cantique d'actions de grâces; le peuple salue de cris joyeux le passage du pontife, et sa grande voix s'élève jusqu'aux cieux. Conduit par Charles, l'apôtre entre enfin dans le temple et y célèbre avec la pompe d'usage le saint sacrifice de la sainte messe. L'office divin terminé, le roi engage Léon à se rendre dans son palais ; et, dans ce lieu somptueux où les murs sont revêtus de tapisseries peintes, où les sièges étincellent d'or et de pourpre, ils jouissent des délices les plus nombreux et les plus variés; puis commence le festin, car déjà le falerne languissait sur les tables dans des vases d'argent. Charles et Léon mangent et boivent ensemble; puis après le repas, le pieux roi comble son hôte de présents magnifiques et se retire dans son appartement, tandis que le souverain pontife regagne son camp. Telle fut la réception que fit Charles à Léon, lorsque
ce dernier fuyait les Romains et son propre pays *. » XVI. — Quand les ennemis du pape Léon apprirent qu'il était parti pour aller porter ses plaintes à Gharlemagne, ils lancèrent contre lui des accusations graves, dont nous ignorons la nature. Ces accusations qui, pour la postérité, sont demeurées couvertes d'un voile épais, devaient avoir au moins quelque apparence de fondement, puisque Gharlemagne se crut obligé de les soumettre à l'épreuve d'une instruction judiciaire. Toutefois son premier soin fut de sauvegarder l'autorité spirituelle et la dignité du souverain pontife. Léon retourna donc à Rome, accompagné de deux archevêques, de quatre évéques et trois comtes, qui devaient le rétablir sur son siège et le protéger contre toute violence jusqu'à l'arrivée du roi. Gharlemagne le suvit de près; il se mit en route avec une armée, qu'il laissa à Ancône sous le commandement de son fils, et se rendit dans la capitale du monde chrétien, où il fit, le 24 novembre 800, une entrée solennelle.
Éginhard nous apprend que le septième jour après l'arrivée du roi, on entreprit l'affaire importante et épineuse de l'examen des crimes imputés au pape. Mais c'est dans Anastase qu'il faut chercher des détails sur la solennité du jugement. c< Gharlemagne, dit cet auteur, fit assembler dans l'église de Saint- Pierre les archevêques, évêques, abbés et tous les
* Traduction de Capefigue, Gharlemagne, 1. 1, p. 319, etc.