‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 10 sur 196 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

CONQUETE, -r-CHLOVlS (486-487-491).

Voici les vrais commencemens , non pas de l'Ëta^ des Francs, mais de la monarchie de France. Odoacre, avec ses Hérules, triomphe à Ra venue du patrice Qresles , et le tue. 11 se fait roi d'Italie , et Tempire

(i) IÇaçmar, Vit. Sti Reniigii. — Jonas, H^st. mon. SU. Joai^.

d'Oceident est anéanti. Les provinces gauloises, où (Jurait encore la domination romaine, restent iso- Ides et abandonnées. Childérie meurt à Tournai, au retour d^ûne expédition mititaire. Chloyis, le farouche Chlovis est élevé sur le pavois ; il avait quinze ans.

Les temps étaient venus. Jusque-là les Francs, toujours rejetés sur la rive droite du Rhin , n^avaient fait dans les Gaules que des excursions passagères et infructueuses. C'est à présent qu'ils garderont leurs conquêtes, et que va naître ce puissant Etat qui doit, bientôt ébranler le monde.

Les Gaules avaient alors les frontières, qu'a eues la France , et qu'elle a perdues : l'Océan , les Pyrénées, les Alpes et le Rhin. Mais les Bourguignons, les Bretons, les Wisigoths, les Romains se partageaient la possession de ces contrées : les Bretons à l'extrér mité dé leur péninsule ; les Wisigoths, des Pyrénées à la Loire ; les Bourguignons , h Lyon et à Genève , en Provence , en Dauphiné , en Savoie ; le reste aux Romains.

Syagrius commandait dans la Gaule romaine ; Evaric régnait chez les Wisigoths; Gondebaud et Gondégisile en Bourgogne ; un roi inconnu en Bretagne. Odoacre avait l'Italie y Zenon était empereur à Constantinople.

Il y avait cinq ans que régnait Chlovis, et il n'avait tenté aucune entreprise : il n'avait pas encore âge d'homme. Mais voici qu'il se met a la tête d'une grande l^rmée, passe le Rhin à Cologne , avance protégé par

rimmense forêt des Ardennes (1), et marche aux Romains.

Ceux-ci s'étaient fortifiés à Soissons* Chlovis leur envoie porter le défi du combat. Syagrius Taccepte , et le dernier jour de la domination romaine dans les Gaules est déjà marqué.

Au moment du combat, Chararic, Tun des chefs des Francs, hésitait. Chlovis aussitôt, craignant la trahison , se hâte de la prévenir. 11 s'élance sans plus différer , la francisque en main. Son armée s'ébranle et le suit. Chararic lui-même se laisse entraîner*

On se mêle. Mais, rompus du choc,, les Romains cèdent et fuient. Les Francs avancent toujours avec un incroyable carnage. Chlovis a vaincu. Les débris de l'armée sedispersent et s'évanouissent. Syagrius, resté presque seul , va chercher un refuge chez les Wisigoths.

Boissons tomba; les autres places tombèrent. Chlovis ne repose plus. Sa victoire croît et s'étend. Ou s'arrêtera-t^Ue ? A la Loire ; là seulement où il ne se trouve plus de terres romaines à envahir.

Mais Ëvaric est mort. Alaric, plein de jeunesse et d'ardeur, lui a succédé^ et Syagrius est chez Alaric. Vaillant et habile , il va peut-être relever les Romains vaincus, et leur donner les Wisigoths pour auxiliaires. Chlovis le voit, et ce grand dessein ne succédera pas.

(x) Arduêrwa Sylva^ quœ est totiut Galliœ maxima^ atque ab ripis Rheni Jinibusque TVevirorum ad Netvios pertinety millibuigue am' plfùs 5oo in longitudinem palet, (Gomm. Gaesaris , lib. 6 , cap. ag» et iib. 5y cap. 3. )

Il envoie Ya:'s Alarie; il. demande, ii presse ^ il menace. Syagrius , ou la gaerre i et ce victoiieiix de \ing;t ans , ce prince qu'une seule bataille vient de faire maître et arbitre , force Alarie à trahir son bote; enlève^ cotnme autrefois un général de Rome à Annibal , son dernier asile à un général de Rome , -et du même coup brisant le joug de la Gaule, y substitue le sien.

Le roi franc fit couper la tête à son prisonnier ; horrible,, mais décisive action , par où bravant Alarie, ôtant aux Romains tout conseil et toute espérance, il imposait tout à la fois a ses ennemis actuels et à ses prochains ennemis.

Cependant une diversion était essayée. Entre FElbe et le Weser , par-<lelà les terres qu'occupaient les Francs dans la Germanie , s'étendait le royaume des Thuringiens. Bazin y régnait , ce même roi que sa femme , mère de Chlovis , avait quitté autrefois , à ce qu'on raconte , pour suivre et épouser Childéric. Jugeant l'occasion favorable, il fit irruption dans l'Etat des Francs. Ceu^-ci , leurs meilleurs soldats étant au loin dans les Gaules , implorèrent la paix et donnèrent de nombreux otages.

Ce ne fut qu'une trêve. Chlovis ne revenant point, Bazin s'enhardit et reprit les armes. On ne peut dire les cruautés qu'il commit. Les otages furent massa* crés. On perçait les membres aux jeunes garçons , et on les suspendait aux arbres par leurs blessures. Les jeunes filles étaient traînées et mises en pièces par des chevaux furieux. D-autres , dans les chemins ,

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attachées à des pieux et couchées le long^ des oitiière^, il venait des chariots chargés qui passaient sur elles et les. broyaient (1).

Cette fois, Chlovis accourut. Libre d'autres soins , il fit une prompte et terrible guerre. Les Thuringiens vaincus furent châtiés et mis sous le joug.

Tranquille alors au-delà du Rhin, maître en-deçà, Chlovis put reprendre le cours de ses desseins. Bien qu'il: eût déjà beaucoup fait , ce qu'il avait fait il'était rien , s'il n- achevait pas* Il avait conquis ; il lui restait à fonder.

L'inflexible hauteur de sa volonté, et la patience en même temps qu'il avait montrée dans un si âpre courage, lui aplanissaient les obstacles, en répandant devant, lui la crainte et Tadmiration. Jaloux, quoique^encore payen , de se concilier le clergé deà Gaules, il avait voulu qu'on épargnât la^ ville dé Rheims, dont l'évéque était, alors saint Rémi. Malgré sa défepse , on pilla une église, et un vase pré^^ cieux y fut enlevé. Saint Rémi en sollicita la restitu-* tion; Chlovis la promit.

C'était à Soissons que devait être partagé le butin* Le jour venu, Chlovis demande le vase., et requiert qu'il soit mis à part. Aucun ne résistait ; mais un soldat , frappant rudement le vase d'un coup de francisque : « Rien que ta^part, » dit-il;^ et le jeune roi contint sa colère.

Un an plus tard, Chlovis faisait le dénombrement .

( I ) Discours de Théodoric. ( Grégoire de. Tours -^ liv. 3.)

de son .armée. Il Tint au soldat , et trouvant à reprendre au mauvais état de ses armes , il lui arrache vivement sa francisque , et la jette à terre. Le soldat se courbe pour la ressaisir ; Chlôvis brandit la sienne^ et lui fend le crâne. « Souviens-toi de Soissons 1 » dit*il.

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