CHAPITRE III
BfiyN.fiUB[AULT.-r-faÉD£GoiipE (565-567).
C'est le temps où vont entrer sur le théâtre du monde deux femmes, si ce nom leur peut être donné; deux reines rivajes , Thorreur des peuples et le fléau de leur race ; pareilles de beauté (1), de génie, non de fortune ; en qui la naissance mit une grande inégalité, et la xDorl une encore plus grande.
Sig^bert n'avait pas seulement de la générosité et de la vaillance ; il avait aussi de ia prévoyance et de sages mœurs. Averti, plutôt 'qu'entraîné, par Fimpru^ dente et Ucenciaise vie de ses frères , il n'eut point la faiblesse de l'approuver, ni de l'imiter. Il en comprenait la faute et la honte. Il sut se défendre de ces unions capricieuses et vulgaires, qiii rendent vulgaire la royauté même, quand elle y descend. S'il consentait à partager son lit et son trône, il entendait que ce fût comme il convient à des rois , sans perte pour
(i) Erat Fc^d#|^u4<jis formé eg^egia, co^sUio caliid« , duiis » excita Brunechil^e, parem Don àgnoscens. (Aymoin, lib. 3, c. 57.)
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lia- dignité, avec prôGt pour la sûreté et pour la puissance. ' En ce temps, Athanagild régnait sur les Wisigoths. Cétaitun redoutable et habile prince, et qui possédait de riches trésors. Il avait deux filles : l'une plus âgée et qu'on appelait Gaisuinthe; l'autre plus jeune et que l'on nommait Brunehault. Celle-ci, douée de beauté (1), de sagacité, de prudence, avait alors un merveilleux renom de décence et d'honnêteté. Ce fut elle que voulut avoir Sîgebert pour compagne. Il envoya une solennelle ambassade à Athanagild. Gogpn, maire du palais d'Austrasie, en était le chef; il dirigea la négociation avec dextmté et avec succès. Le roi des Wisigoths accepta l'alhance, et donna sa fille. Brunehault partit, emportant aveaelle de grandes richesses. Le roi de Metz k son tour fit préparer dé pompeuses fêtes. Les leudes furent assemblés. Le peuple donna de grands témcMgnages : de joie. Jamais union de princes, qui se soit faite sous de plus favorables présages. Il restait cependant une c^use de défiance et de division : Brunehault était arienne' Mais cUe céda aux instructions des évêqués, et aux.tendres sollicitations. du roi. Elle entra dans la comniunion catholique; elle reçut l'onction du saint
(i) Pulcbra, modesta, decens, solers, grata atque bcoigna; Ingenio, vultu, nobilitate polens.
(Saiot Fortunat, lib. 6, car. 6.) £rat euim puella elegans opère , venusta adspectu , honesta moribus atque décora, prudens consilio, et blauda colloquio. (Grég. de Tourt, Irr. 4.)
chrême (1); elle acheva d'être reine et de sceller l'aU; liance entre elle et son peuple. . . . - . ^
Chilpéric prit ombrage de cette union. Il en décou^ Trait toute la suite, et prévoyait bien que Tascendant de son frère en allait être plus grand. Ne pouvant lui souffrir cet avantage, ni le lui àter, il essaya de Teffacer en le balançait.
. ' Toutes lés passions de ce prince étaient téméraires; ses attachemens, aussi bien que son ambition. Il avait: aimé avec emportement. Audovère , fille obscure et simple de cœur, mais douce et bonne, chaste e^ pieuse. Il l'avait épousée et elle était reine. Cette union était troublée^ et pourtant féconde. Audovère avait eu trois fils : Théodebert, Chlovis, Mérovée. Enfin, elle eut Childesinde.
• Chilpéric, retenu au-delà du Rhin, n'assistait pas à cette naissance. Q and vint lé^jour du baptême, onfut inopinément en tloute et en embarras, pour la marraine^ qui tardait. Parmi les femmes de la reine, il en ctaituneà qui le funeste éclat de sa beauté et de- 'son esprit livrait déjà la faveur et Tamour du roi. Cette femme était Frédegonde, et c'est à ce joup que commence la terrible chaîne de ses artifices et de ses fureurs.. L'occasion, qui ne semblait point fa- ^ vorable, le devint par sa témérité et par son adresse. Elle conçut l'espérance d'induire Audovère à présenter elle-même sa fille au baptême, et d'obtenir, chose
(i).Ccs mots doivent être remarqués -, iU sont extraits teztuejlcmeot de Grégoire de Tours. -« Liy. 4*
ylui élrangei le ccmaeotemlBht de l'évoque qui le célébrait. Elle osa; elle réussit. Bientôt le roi retour* nant, elle tiut bàle d'aller au derant de loi, et de r^irendre sa tramé ourdie si méclmniiBMt ei si liar« diuient» « Il n'y a plus de reine, lui dît'^Ie ,. et tn 9 es libre. » Il s'en fallait de peu qu'elle n'eût ék vrai. Audovère, par son imprudente crédulité^ Tenait d'élabHr qne affinilé religieuse entre elle et le roi^ et, par la loi canonique, la puissance de eenoaieati lien était telle qu'eil les rapprochant plus étroitement il fai-» sait que tout aiitre rapprochement fût deTenti crimn^4 L'effet r^tidit aux i^[>ér{inctss de Frédegonde, Chilpéric^ qu'un ayèuglé amdtir intéressait ii sa trahison, saisît areo empressement le prétexte offert^ et répudia Âudorère. Il la relégua au Mans tlans une abbaye, où elle alla attendre le jour des autrei» Inalheurs qui lui étaient l'éservés.
C'est où en étaient les choses à Boissons, tpiand ^ 0t le mariage du roi Sigebert. Chilpérîc die qui les intérêts et les pasàtons inTariablement variaî^at et se coiÈibattaient, sacrifiant cette fois à de vains dépits d'ambition et d'ôi^ueîl^ prit subitement la résdiutioti de s'allia^ aussi à Athanagild^ et de lui offrir, pour s^i autre fille, la place et lé rang d'AudoVére^ Ses ambassadeurs allèrent dobc 4 leur tour chez les Wi^goths. Mais de vives répugnances les y accUeUUréttté Le caractère de Ghilpérte n'y était point ignoré. On savait ses empprlemens, ses débordemens, l'inconstance de ses affections et de ses desseins. On avait je ne sais quel pressenlimetit du sort