LIVRE IV (565-567). Hi
que subirait Galsuînthe. Chilpéric ne laissa point de perseyérer. Aucune condition ne lui parut trop fâcheuse; aucun affront trop humiliant et trop dur, pourvu qu'il fléchit leurs craintes, et surmontât leurs refus. On alla jusqu'à exiger qu'il jurât solennellement et sur FEvangile , qu'elle serait son unique femme , qu'il lui garderait une foi exclusive et inviolable, qu'il ne la répudierait point , et ne se séparerait jamais d'elle. Il se résigna, et fit ce serment; on y crut, et on l'accepta. Gaisuinthe, elle seule, continuait de craindre et de s'affliger. Cependant elle partit de Tolède , vint à Narbonne, continua vers Poitiers, et fut enfin reçue à Rouen. C'était là que l'attendait Chilpéric. On célébra de brillantes fêtes ; on déploya un grand appareil de magnificence ; on lui fit don (1) de cinq
(i) De dTitatibai verô, lioc est Burdegala , Lemovioa , Cadurco , Benaroo et Begorra, quas Galeisuiadam , germanam dotante Bruoichildis, ^ tam in dote, quàm ia morganegiba, in Franciam vcDientem certum est ad<piisi88e • • • ( ConycDtus apud Andelawm.)
Morgaoegiba y Morgbaogeba , Morgengap. C'était une libéralUé dû mari. -« Gratiiita donatio , id est Morgengap. (Loi des Lombards, liv. 2, tit. 1,'cb. 8.)
Par la méine loi , cette libéralité ne pouvait pas excéder le quart doê biens du awri. (Liy. 9* tit. 4) cb. i.)
Elle ne se faisait que le lendemaio de la célébration ; d^où il arrivait qu on rappelait aussi matutinale donum. ( Grég. de Tour» , liv. 9 , chap. 19). Cëtait d'ailleurs la signification du mot tadesqne : Morgherty matin ygeben, donner.
Ce jour s'appelait lui-même le jour des vœux : Diem qud donatio ista fiebal , id est diem quœ sequejfotur post noctem nuptialem , diem t/o* . eaèant tfotorum. (Baiuze, Not. in cap.)
Il est parlé du Morgbangeba dans l'article 3, cbap. 37 de la loi des bi"
puaires, et dans l'article 2, chap. 56 de la loi des Allemands. {Dagoberti régit Capital.)
villes, Bordeaux vLimQges, Cahors^ BigoVre-ei Lesqar; on Gt même ce qui n'avait, pas encore ea d'exemple, on ^t que le peuple prêta serment de fidélité à la reine : vaine précaution, fragile garant.
Les commencémens purent flatter et encourager Galsuinthe. Chilpério se montrait satisfait et affectueux. Mais il ne fallut que bien peu de temps ^pdur voir reparaître; ce vicieux et déréglé naturel qui se faisait violence. Le serment dé Tolède était d^à. oublié. Frédegonde, up instant négligée et sacrifiée, recouvrait par degrés, son influence et ses ' droits. La reine offensée ne dissimula point ses relssentimens. Plainte et prière , reproche et menace, elle essaya tout. Toujours plqs rebutée et plus indignée, pour dernière grâce, elle supplia qu'on la ramenât à son père. Elle laisserait ses richesses ; elle ne redemandait rien de ce qu'elle avait apporté. Trône et trésors, elle quitterait tout sans regret ; heureuse même de se racheter à ce prix , de tant de dégoûts et de tant d'outrages.
Frédegonde s'alarmait et délibérait. Si Chilpéric répudiait Galsuinthe, c'était la guerre; Athapagild et Brunehault voudraient la venger. Si elle continuait d'être reine, c'était la ruine de sa rivale. Galsuinthe se vengerait elle-même : ni le désir , ni l'occasion ne lui manqueraient.
Chilpéric aussi était incertain. Qu'il renvoyât Galsuinthe , il perdait le fruit de ses soins ; il tournait contre lui ses propres succès ; il rompait l'alliance injurieusement et avec scandale; au lieu des» avanta*
ges promis , il n^en sortirait pour lui que des périls. Qu'il retint la reine, il la fallait apaiser ; il fallait, lui, son seigneur, fléchir devant e)le; il fallait, lui roi, renoncer à ses goûts et à ses plaisirs ; il fallait, aimant Frédegonde, la sacrifier.
Mais celle-ci, prompte à se résoudre > fit cesser bientôt ces perplexités. Le roi avait le choix, disaitelle : il pouvait la faire mourir elle-même , s'il croyait que ce prix fût dû à ses services et à son amdur. Il pouvait oublier son rang, et accepter les affronts d'une femme arrojgante et audacieuse. 11 pouvait aussi la punir, et se souvenir d'être roi. Préférait-il que ce fût elle qui le prévînt, et qui se vengeât? Quilerete* nait? quelle crainte ou quelle faiblesse? La reine vivant, ses plaintes iraient chaque jour lui susciter des embarras et des ennemis. Mourant, elle n'aurait plus ce pouvoir. Qu'elle meure donc , et que le roi seulement fasse qu'on ignore par quel ordre et de quelle mort.
L'infâme roi consentit. Dès le lendemain , Galsuinthe ne vivait plus; on l'avait étouffée pendant son sommeil. Frédegonde , à qui la complicité d'un si grand forfait livrait et soumettait le roi sans retour, usa promptement de ce funeste avantage. Elle était concubine ; elle devint reine. Sa fortune eut pour fondemens un divorce frauduleux et un parricide : commencemens dignes d^elle, et que l'avenir ne démentit pas.
334 HISTOIRE DES FRAllCS.