‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 110 sur 196 · LIVRE IV (S68-Ô70.572-574-575). 1M · texte numérisé non relu

LIVRE IV (S68-Ô70.572-574-575). 1M

trait occupée que du soin de les éluder et de s^y soustraire, Brunehault tout entière au désir qu^elIé devint reine, et d'un Etat si voisin, ne se lassait pas de l'exhorter et de la prier. C'était elle enfin qui Tavatt vaincue, et dont les funestes conseils Pavaient entraînée h sa perte. Aussi Brunehault , comme il était juste , n'en fut-elle que plqs animée à la vengeance de cet attentat. Elle excita Sigebert; elle persuada même Contran. Les deux rois, qu'une égale horreur soulevait contre les fureurs de leur frère, unirent leurs armes pour lui en faire porter la .honte et la peine. En peu de temps les terres de Chilpéric furent occupées, et ses principales villes soumises. Trop faible contre de tels ennemis , il désespéra bientôt de les vaincre, et ne chercha plus qu'à les apaiser. Il y réussit. Contran, bien moins offensé, ne pouvait manquer d'être plus facile. Brunehault, d'ailleurs, n'exerçait pas sur lui le même ascendant. Il se laissa aisément fléchir; ensuite , il s'interposa. Réconcilié avec Chilpéric , ce fut lui qui réconcilia Sigebert. Brunehault elle-même eut l'air de céder et de pardonner. Elle fit une courte trêve à sa haine , et s'en fit payer chèrement. Les dépouilles de sa sœur en furent le prix. Elle eut les cinq villes du Béarn et de PÂquitaine, qu'avait reçues Gafsuinthe, le lendemain des funestes noces (1): don précieux par son importance; prédeux

(i) De civitatibus verô, hoc est Burdegala, Lemovica, Gadurco, Bcuarno et Begorra, qaas Galeisuindani , germanaiu domnae BruoichiU dis , tain in dote quam in niorganegiba , in Frauciam venientem ccrtum

et dangereux à la fois par le voisinage du peuple auquel appartenaient les deux, reines. Chilpéric, qui avait fait le meurtre , en perdait les fruits ; Brunehault, qui Pavait dû venger, les prenait.

Ces discordes à peine calmées , d'autreséclatèrent. Ce fut alors entre Sigebert et Contran. L'empereur Justin , à qui Pamitié du roi de Bourgogne était importante , et qui le voulait intéresser et encourager à sa guerre contre les Lombards, conçut le dessein d'attribuer à ce prince quelques villes de la Provence, où les Grecs s'étaient comme furtivement rétablis, pendant le faible règne de Théodebald. Sigebert n'y voulait point consentir, alléguant que par les traités faits avec Vitigès et Justinien , ces placés dépendaient de son royaume d'Austrasie. Ayant donc . vu que Contran avait de fâcheux embarras avec les Lombards , il estima l'occasion bonne , et en abusa sans ménagement. Il appela de l'Auvergne un corps de troupes que conduisait le comte Firmin. Il en fil marcher un second, que commandait ^l^udovaire. Ces troupes, venues de deux points opposés, se rencontrèrent à Arles. C'était la ville qu'elles avaient dessein d'attaquer. Rien n'y faisant prévoir l'agression , rien non plus n'y était préparé pour là défense* Les habitans surprisse soumirent, et jurèrent fidélité au roi Sigebert.

est adquisisse, quas etiam per judicium domni Gunthramni régis, vet Francoriim superstilibus Chilperico et Sigiberto regibus , domna Brunichildis noscitur adquisisse,.. ( Gonveotus apud Andelawm.}

Mais Contran ne se résigna pas si facilement. Il leva des troupes , mit le comte Celse à leur tête , et les envoya pour recouvrer sa ville perdue. Avignon appartenait au roi d'Àustrasie : Celse , la supposant mal pourvue, et jugeant avantageux de s'assurer, à tout événement, des compensations, tourna contre elle ses premiers efforts, et s'en empara. Ce succès en promettait d'autres. Sans perdre un seul jour, les Bourguignons marchèrent sur Arles. Ils entourèrent la ville , munirent leur camp , et se préparèrent pour le siège. L'évêque d'Arles était resté fidèle h Contran. On le nommait Sabaude. Cet évêque, plus attaché peut-être aux intérêts de son prince, qu'aux rigoureuses lois du sacerdoce , ne craignit pas d^employer la fraude pour favoriser les desseins du chef bourguignon. Il s'adressa à ceux d'Austrasie, et leur dit : « Quelle crainte vous retient derrière nos. murarlles ? )> IN'étes-vous pas assez nombreux pour aller au-devant )> de vos ennemis ? Sortez , et ne prenez aucune mé- » fiance de nous ; notre foi vous sera gardée. Si vous » êtes vainqueurs, il y aura eu pour vous plus de » gloire, et pour nous mo^ns de privations et de périls. » Si vous êtes vaincus , c'est alors qu'il sera temps de » vous enfermer dans la ville , et d'y attendre les noun velle^ attaques des Bourguignons. ^Deux chances de » fortune s'offrent à vous ; pourquoi vous réduire à .» tinè? »^ .

Eudovaire et Firmin le croyaient sincère. Us firent ce qu'il conseillait , et sans autre garantie que sa parole , sans avoir pris aucun soin pour s'assurer , au

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retour, l'entrée el la possession de la ville , ils s^en allèrent, avec toute leur armée, assaillir le camp ennemi. Mais les Bourguignons soutinrent courageusement leur effort. On renouvela les attaques , mais toujours plus languissamment et avec moins desuccès« A la fin , ceux d'Austrasie désespérèrent , et ils reculèrent insensiblement vers la ville. Refuge impossible : quand ils y voulurent rentrer, il se trouva que les portes en étaient fermées , et que les habilans, postés sur les murs , s'étaient armés pour les défendre contre eux« Tout espoir alors fut perdu. Accablés au-devant par les pierres lancées de la ville, derrière par les traits des Bourguignons qui les poursuivaient, les malheureux soldats de Sigebert rompirent leurs rangs , el essayèrent de fuir. La fuite ne leur fut pas plus favorable que le combat. Conduits par leur mauvais sori sur le bord du Rhône, ils tentèrent inutilement le passage. Ce fut un déplorable désastre : la plupart furent engloutis ; à peine quelques-uns arrivèrent-ils soutenus , à la surface de Feau , par leur bouclier.

Contran usa de sa victoire généreusement. Il consentit à la paix , et, satisfait d^avoir repris Arles , il rendit à Sigebert Avignon. Il lui rendit même ses deux généraux, prisonniers de Celse depuis leur défaite.

Mais cette entreprise de Sigebert devait avoir d^u- Ires suites. Chilpéric, se promettant que la guerre ^rait âpre et longue entre ses frères , ne doutait pas qu^elle ne lui donnât le loisir de se dédommager de ses pertes. Il forma donc une armée , el en remit le

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