‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 111 sur 196 · LIVRE IV .(668-570:Vïlïu · texte numérisé non relu

LIVRE IV .(668-570:Vïlïu

commandemenl à son 61sChlovis,Ieplusjeunedeceux que lui avait donnés Âudovère. Chlovis , ses préparatifs achevés , se jeta précipitamment sur les terres du roi d'Austrasie, Comme la Touraine et le Poitou en étaient les parties les plus éloignées et les plus dif6ciie$ h secourirt ce fut où il adressa ses attaques. Tours et Poitiers résistèrent peu, et les deux provinces furent réduites à Fobéissance de Chilpéric*

Gontran, médiateur du dernier traité, s^offensa du mépris qu'en faisait le roi deSoissons. Quand il se fut remis lui-même en bonne intelligence avec Sigebert, il donna des troupes pour les joindre à celles que ce prince envoyait contre Chlovis , et consentit même que Mummole conduisit l'expédition. L'armée de Chilpéric ne fit guère plus de résistance qu'elle n'en avait rencontré* Elle abandonna la Touraine, et les faabitans changeant encore de maître , furent contraints de renouveler leur ancien serment au roi Si^ gebert* A Poitiers, la lutte fut plus sérieuse. Deux habitans de la ville , Basile et Sigaire , armèrent le peuple, et lui inspirèrent la résolution de se défendre. Alummole, de son côté, persista. Il enveloppa la place , l'assaillit , la força , tua les deux chefs , accabla tout ce qui s'opposait à ses armes , et acheva de rendre au roi d'Austrasie les pays qui lui avaient été enlevé^.

L'armée de Soissons s'était comme dissipée et éva-<nouieeh fuyant. Chlovis, presque abandonné, recula jusque dans l'Aquitaine , et ne s'arrêta qu'à Bordeaux. Quoique cette, ville fût de celles qui obéissaient k

Brunehauh depuis le traité , le prince fugitif y trouva pourtant un asile. Mais on ne lui laissa pas long-tems ce repos. Sigulpli , l'un des ofQciers de Sigebert , le vint attaquer, et le contraignit de reprendre sa fuite. Pousse de retraite en retraite, suivi à la trace ainsi que les chasseurs suivent leur proie (1), ce fut à peine si ce nàalheureux prince put se dérober. Enfin il se jeta dans FÂnjou, et par ce détour il arriva jusqu'à Chilpéric^

Les choses étaient à ce point , lorsqu'un iiiçMent , qui ne fut grave que par ses effets , vînt refroidir Fainitié que s'étaient promise les rois de Bourgogne et d' Austrasie , et relever les espérances perdues du roi de Soissons. Châteaudun était du domaine deSîgd>ert; Chartres était de celui de Gotitran JMais Ghâteàudon, quoiqu'à Sigebert, appartenait au diocèse de Chartres. Ce prince, qui souhaitait sans doute de Ten détacher, ou suggéra , ou permit à l'évêque de Reims d'ériger, dans cette ville , un autre évêché. Il se trouva même, pour plus d'embarras , que le prêtre sur qui tomba l'élection était attaché lui-même au diocèse de Chartres. L'évêque de Chartres se plaignit à Contran, qui fit bon accueil à sa plainte. L'évêque de Reims invoqua l'appui de Sigebert, qui n'eut garde de le refuser. Dans ce conflit, on convoqua un concile. Que ce fût combinaison ou hasard , il ne s'y trouva, peu s'en faut, que des évêques de Bourgogne. L'évêque

(i) «Si^iilph alla après lui, le pourchassant avec des cors et des trompettes, comme un cerf aux abois. » (Grégoire de Teurs, liv. 4» ch. 4^.)

de Reims fut donc condamné. Mais Sigebert déelina cette-décision, et Tévêché de Châteaudun subsista.

Ce différend s'était eavenimé dans sa durée. Chilpéric en prit sujet de s'encourager. Il courut aux armes, et recommença sa guerre contre Sigebert. Cette fois cène fut pas à Chlovis qu'il donna le commandement ; l'expérience qu'il en avait faite Pen dissuadait : il aima mieux le confier à Théodebert. Toutefois ce prince ne le pouvait prendre sans déloyauté et sans trahison. Son serment l'engageait à ne plus combattre contre le roi d'Austrasie, et ce serment avait été le prix de sa liberté. Mais de tels scrupules n'étaient pas peut embarrasser Chilpéric.

Théodebert donc marcha avec une armée. Il passa la Loire , prit toutes les villes que son oncle avait sur ce fleuve, s'empara même de Tours , et pénétra jusques à Poitiers. Parvenu en ce lieu, il y rencontra le duc Gondebaud qui menait les troupes d'Austrasie , et se montrait résolu à lui disputer le chemin. Il fallut combattre. L'action fut vive et le carnage fut grand* Mais l'aivantage resta à Théode;bert ; l'armée ennemie prit la fuite , et Poitiers subit à son tour la loi du vainqueur.

Profitant de sa favorable fortune, le jeune prince marcha rapidement sur Limoges , et la réduisit. , II continua surCahors, et n'eut pas un moindre succès. Mais sa course fut encore plus signalée par ses dévastations que par ses triomphes. Les monastères étaient renversés ; les saintes filles étaient outragées ; les clercs étaient mis à mort ; les églises étaient rui"-

nées par le feu. Ce fut comme une nouvelle persécution des chrétiens, et Ton eût dit que le fils de Chilpéric méditait d'abolir le culte de Dieu (1).

Une vive indignation saisit Sigebert. Il demanda des soldats aux peuples de la rive droite du Rhin ; hommes vaillant , mais farouches ; barbares , justement choisis pour cette guerre barbare. A leur approche , Falarme fut égale dans le royaume de Bourgogne, et dans celui de Soissons. Chilpéric, tirant avantage de cette terreur elle-même , s'en servit popr persuader à Contran que le péril leur était commun ,. et que son propre salut demandait qu'il s'unît à lui. Contran, qui depuis les affaires d'Arles et de Châteaudun , ne se fiait plus qu'imparfaitement aux assurances du roi d'Austrasie, jugea qu'en effet il se devait mettre en défense , et consentir à Palliànce du roi de Boissons. Il prit position sur la Marne , et Chilpéric sur la Seine. Bientôt arriva Sigebert. Ce prince, arrêté par les difficultés du passage , envoya à Contran, et dît : o Allez, et qu'il sache que s'il ne s'éloigne » paâ , c'est sur lui que je ferai tomber le poids de la » guerre. » Le roi de Bourgogne fut épouvanté. Changeant d'amis au gré de ses craintes , aussi prompte- • ment qu'il avait quitté le parti de Sigebert , il y retourna. Les ponts de la Marne furent donc livrés, et l'armée d'Austrasie poursuivit sa marche. Chilpéric alors, voyant le danger, sortit de son camp qu'il dé-

(i) fil y eut en ce temps daus réglisc uu plus grand gémissement qu'au temps de la persécution de Dioctétien. » (Grég de Tours, 1. 4i c 4^)

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