‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 112 sur 196 · LIVRE lY · texte numérisé non relu

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sespérait de défendre , et se replia jusque sur le Loir, non loin d'AUuye et de Bonneval. Moins exposé dans ce lieu 9 il s'y arrêta. Mais prévoyant les maux qui le menaçaient , et qu'une bataille perdue , il perdait le trône, une si dangereuse fortune ne lui parut pas bonne à courir. Il n'osait plus tenter la guerre ; il tenta la paix. Elle ne lui fut guère moins fâcheuse , et on la lui tiut à haut prix. On la lui donna cependant ; mais en lui ôtant ses conquêtes ; et sans combattre, il perdit le fruit de tous ses combats.

Les étrangers de Farmée de Sigebert étaient venus pour d'autres desseins. Frustrés du pillage qu^ils se promettaient, ils reprochaient à leur prince de n'avoir pas osé vaincre, et de ces insultes ils en vinrent bientôt à se mutiner. Le roi dissimula quelques jours , et souffrit, sans les réprimer, leurs pi*emiers murmures et leurs premières violences. Mais le désordre augmetîtant, il n^hésita plus. On vit cet intrépide roi, monté sur son cheval de bataille , s'otfrir résolument aux séditieux, et d'un langage imposant à là fois et conciliant, leur imprimer à eux-mêmes la crainte qu'ils se flattaient de lui inspirer. Bientôt il acheva son ouvrage : il Gt saisir les plus emportés, et on les lapida aux portes du camp.

Cette paix sauvait Chilpértc; mais elle l'excitait elle-même à la violer. En redoublant l'ardeur de se venger, qui le tourmentait, elle pe lui en utait pas la puissance. Dès l'année suivante, il reprit les armes. Chose bizarre, Contran changeant encore, l'y encourageait. Il y avait eu récemment une conférence entre

ces deux princes. On s'élait rencontré à Soissons ; on s^étail fait de riches présens ; on s'était juré foi et appui. Reprenant donc confiance, Chilpéric mit son armée en deux parts. L^une, menée par lui, entra en Champagne, et, toujours tuant et pillant, poussa ses projgrès jusqu'aux murs dé Reims. L'autre, conduite par Théodebert , se dirigeait vers la Loire, et devait recommencer la conquête qu'avait fait perdre la paix d'AUuye. De son côté, Sigebert rappela les troupes de là rive droite du Rhin, qui Pavaient suivi dans sa précédente enlireprise, et d'une marche rapide il se porta sur Paris. En même temps ses envoyés arrivaient à Tours et à Châteaudun, sollicitant le peuple à prendre les armes afin de s'opposer à Théodebert. Mais la terreur de ce prince refroidissait et ralentissait leur obéissance. Sigebert alors, pour y obvier, leur donna deux chefs de renom, Godégésîle et Contran. Ceux-ci eurent bientôt une armée. Par un inexplicable retour des esprits, la confiance avait déjà passé dans leurs rangs, et la crainte dans ceux de Théodebert. Ses soldats le quittaient en foule , et quand on fut en présence , h peine si l'on pouvait dire qu'il eût encore une armée. Il combattit cependant (1) , et avec une grande valeur. Mais le terme de sa fortune éilait marqué à ce jour. Il succomba , et même il ne survécut pas à sa défaite. Il fut trouvé sur le champ du combat , dépouillé , sanglant et privé de

(i) Le combat fut livré à quatre lieues d'Angoulêmc. (Pasquier, Beeherch.f liv. lo, ch. a. )

vie. Un bon servileur, nommé Arnulph, recueillit ses restes, et les alla ensevelir à Angoulême.

Contran, ces nouvelles venues, n'agit point autrement qu'il n'avait coutume. Ses intérêts changeant , il changea. Et comme Sigebert, maintenant que Théodebert ne l'occupait plus, avait une armée libre et victorieuse qu'il enverrait sans doute en Bourgogne pour avoir vengeance de ses fréquentes infidélités , il fut encore infidèle, et détourna de lui le péril en abandonnant de nouveau le roi de Soissons. Privé par là de sa dernière espérance , Chilpéric laissa la Champagne, et s'alla renfermer dans Tournai.

En quelques jours, et d'une seule victoire , Sigebert se portait au faîte des prospérités. Les villes placées au-delà de Paris se .soumirent. Rouen, qu'il allait attaquer lui-même, ne résista point. Il avait résolu d'accorder cette ville à la rapacité de ses soldats d'outre-Rhin ; mais sa prompte obéissance le fléchit , et les conseils de ses Francs achevèrent de l'en dissuader. Au retour, il vint à Paris, et Brunehault v vint aussi avec ses enfans. Sitôt quMls y furent, les principaux des provinces qui avaient dépendu de Tancien royaume de Childebert , envoyèrent plusieurs des leurs au roi d'Austrasie, lui demandant qu'il allât vers eux , et lui promettant qu^ils renonceraient à l'obéissance du roi de Soissons. Sigebert leur donna sa foi, et reçut la leur. En même temps son armée se mettait en marche: elle allait investir Tournai. Luimême se préparait à la suivre , ne voulant remettre à personne le soin d'aune expédition qui devait être dé-

cisive. Quand on connut sa résolution, on s^en effraya. On doutait si , après tant de violences et de trahisons, il voudrait se laisser encore abuser. On craignait jusqu'à sa prudence , et que dans un si juste ressentinient« toute vengeance lui parût juste.

L'évêque Germain s'efforça de prévenir ces malheurs. 11 implora d'abot*d Brunehault; ensuite , il alla prier et conjurer Sigebert. Sa voix était triste et grave ; elle marquait Tavenir. Il disait au roi t «Pour* H suis donc , puisque tu l'as résolu. Si tu vas , sans » aucun dessein contre sa vie , tu retourneras vivant » et victorieux. Si tu as d'autres pensées, tu mourras. « Dieu a dit : Qui aura creusé une fosse à son frère, w il y tombera. »

Sigebert partit. Arrivé à Vilry, dans le territoire d'Arras, il y trouva, selon leur promesse, les seigneurs de la dépendance de Chilpéric , qui venaient le saluer roié II n^y eu eut qu'un seul, nommé Ansoaid, qui resta Gdèle à son premier maître. L'armée suivit leur exemple, et l'heureux Sigebert, investi par elïe d'un second royaume , fut élevé, poiu* la seconde fois, sur le bouclier.

La consternation était dans Tournai. Fréd^onde seule agissait encore, et ne désespérait pas. <( Quel » sort lui préparait Brunehault , et quelles ressources »» lui restaient pour s'y dérober? Plus d'alliés, plus » d'armée, plus de royaume. Nul espoir de vaincre* » nul moyen de fuir. Qui l'avait mise en cet abîme? » Le crime. Que le crime donc l'enotat. »> Elle avait deux serviteurs avec elle^ n^ à Thérpuanne tous deux^

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