LIVRE IV (568.670.&72.574-&75). m
tous deux entreprenans et avides , et dévoués sansk réserve à ses volontés. Elle les appela, et leur dit: « Prenez les deux poignards que voici (1) ; leur lame » est empoisonnée, et leurs blessures, infaillibles. » C'est pour tuer Sîgebert. Il n'y a plus d'autre salut » pour le roi, pour moi , pour vous-mêmes. Allez ; le » jour est venu. Si vous survivez , je vous ferai puis- » sans et riches ; si vous périssez , je répandrai sur » vos familles ma reconnaissance et mes faveurs (2). »
Ils allèrent , et ta fortune , qui ne les aida que trop bien , ne les aida pas pourtant jusqu'au bout. Ils réussirent à se glisser près de Sigebert ; ils ne trouvèrent aucun obstacle à l'aborder et à le frapper ; ils eurent le détestable bonheur de ne pas manquer leur dessein. Le prince tomba sans vie« Mais leur crime achevé, ils voulaient s'enfuir, et ils échouèrent. On les mit en pièces. Seulement, en se défendant, ils tuèrent encore Çharégisile, quiétait chambellan du roi, et blessèrent un second chambellan qui se nommait Sigila. Il n'y eut de parfait succès que pour Frédegonde.
Ainsi finit Sigebert, quand tout favorisait son am-bition, quand sa destinée, toujours plus haute que ses desseins, lui prodiguait des succès qu'il avait à peine
(i) C'était deux couteaux qu'on appelait scramasax, (Grég. de
Tours, liv. 4, ch. 53.)
(a) Voici ce que dit Pàsquier de ce crime : « Et quand je vous ett » fais part, ce n'est pas pour faire le procès à la mémoire de. Fréde- » gonde ; car en telles craintes de mort, tous ezpédiens pour sauver s» » vie sont estimés bons et valables. ». ( Recherches, liv. lo, ch. 2.)
Etrange jugement!
Je temps d^espérer. Il ne fallut qu'un instant, et de ce comble inouï de prospérités, il s'abaissa et disparut dans la mort. Exemple terrible et prodigieux ! Que lui manquait-il? Jeune encore, habile, intrépide, généreuXf pui$sant, s^imé, redouté I II fit la guerre, mais pour sfà défendre; il n'eut de victoires que celles où on Fobligea^ Quand il quitta la modération, c'est qu'il Payait épuisée ;^ quand il retint ses conquêtes, c'est qu'il ne restait plus d'autres moyens d'jéviter qu'on en fît sur lui ; quand il prit un second royaume, c'est qu'à moins de cela» il perdait le sien. Arles était son plu» grand revers, et sa seigle faute. Et cependant il tomba! Et la fortune qui prévalut sur la sienne, était celle de Frédegonde et de Chilpéric !
Il mourait après quatorze ^ns de règne , et à quarante ans* '