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d'attendre? Maïs à quel expédient recourir, et par quels moyens pénétrer dans leur impénétrable retraite? L'exemple de Rocolène était trop récent, et sa mort étrange avait trop étendu la religieuse autorité des asiles. Nulle violence n'était possible; aucune profanation ne serait tentée avec sûretév Chilpéric essaya bien de la ruse; mais que pouvait la ruse avec Brunehault? Il leur prodigua bien les promesses ; mais quelle promesse pouvait-il leur faire, qui les séduisît et les abusât? Ne sachant donc ni comment exécuter, ni comment abandonner son dessein, il fit fléchir son orgueil, et s'humilia jusqu'à leur offrir sou serment. Entre le parjure et la violatiojD des asiles, ce qui lui parut le meilleur , ce fut le parjure. . Des deux profanations, il préféra celle qui pedevs^it pas émouvoir ses peuples, et qui l'exposait Ji moins de périls.
Brunehault crut ce serment , le serment d'un roi meurtrier de sa femme et de son frère! Il est vrai qu'il fut feit avec beaucoup de solennité , et que lès termes en étaient, non point équivoques et conditionnels, ainsi que l'ont afBrmé quelques historiens (1) ,
(i) Mézerai dit que Chilpéric jura a quHl ne s'opposerait point à leur » mariage , pourvu que V église le trouvât bon. »
Uaniel ditirquMI jura de confirmer leur mariage, supposé qiCil se trouvât légitime. »
Velly dit a qu'il fit la promesse la piu^ authentique, que leur mai » riage serait coiifirmé ^ si les évêques \e jugeaient légitime. »
Ce récit a contre lui d'abord la vraisemblance ; car Brunehault savait fort bien Tirrégularilé canonique de son mariage, et elle était trop habile
mais positifs au contraire, et absolus. Gomme Merovée, par la passion qui le dominait, et Brunehault pour son aml)ition et sa liberté, craignaient surtout, ou plutôt uniquement, qu'on les séparât, ce fut sur cela que dut porter le serment. ChiJpéric dit donc^ et jura € que, puisque c'était la volonté de Dieu, » il ne les forcerait point de se séparer. » Alors , ils sortirent de la basilique , et le roi, continuant poui* quelques jours encore de dissimuler, les accabla de caresses, et leur donna même des fêtes.
Mais l'entreprise de Brunehault n'était ni aussi bornée, ni aussi mal concertée qu'on le pourrait supposer. Si la présence inopinée de son ennemi l'avait trouvée en défaut , et troublait pour un instant ses combinaisons, ce n'était pas qu'elle se fût légèrement engagée, ni que le plan qu'elle avait conçu manquât de profondeur ou d'habileté. En même temps qu'elle épousait à Rouen Mérovée, Godin, qui s'étant attaché au roi Ghilpéric, avait déjà promis et résolu de Tabandonner, Godin levait précipitamment des hommes armés en Champagne, et marchant avec une célérité sans exemple, prévenant toute résistance , et devançant le bruit même de sa tentative, il arrivait menaçant et inattendu sous les remparts de Boissons. C'était
pour se contealer d'un serment dérisoire , évidemment annulé p^r ta condition dont il aurait dépendu.
U a de pluis contre lui le texte formel de Grégoire de Tours.
J*ai fidèlement transcrit ce serment tel que \e Tai trouvé dans la Cbro* Btque de Tévéque.
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pendant que Chilpéric était encore à Rouen (1). Mais ni Chlovis, ni Frédegonde ne l'avaient suivi, et il s'en fallut de bien peu qu'ils âe fussent surpris par Godin. Le hasard seul protégea leur fuite, et les préserva. Quel changement, sans cet accident fortuit qui 6t échouer un si habile dessein ! Quels otages pour Brunéhault et pour Mérovée! quelle fortune , à la place de celle qu'ils devaient subir !
Godin, cette espérance trompée, ne laissa pas de faire la guerre^, et d'entrepi^endre le siège de Soîssons. Cfailpéric accourut ; mais soit qu'il n'eût qu^une faible armée, ou que l'issue du combat lui parût douteuse, ou qu'il craignît de renouveler l'ancienne lutte avec l'Austrasie , il fit proposer aux ennemis qu'ils se retirassent , et ne s'obstinassent pas dans une attaque sans but , où l'on souffrirait des deux parts d'inutiles et nombreuses pertes. Godin méprisa ces offres, et préféra de combattre. L'action fut vive', et longuement disputée. Mais à la fin, l'armée de Champagne se lassa ; Godin prit la fuite (2), et le roi rentra vainqueur dans Soissons.
Il avait recueilli déjà d'autres fruits de cette agres-
(i) Tandis qiCils étaient encore à Rouen. Ce sont (es propres termes de Grégoire de Tours.
Je fais cette remarque, parce qu'il y a eu des historiens qui, n'ayant pas placé Fentreprise de Godin à son véritable temps , lui ont ôté sa relation naturelle avec le premier dessein de Brunehauit, et lui en ont donné une fausse avec le second.
(a) Velly. et Gaillard assurent que Godin fut tué dans le combat» mais Grégoire de Tours dit formellement qu'il mourut , quelque temps après, de mort subite.
sion. Importuné du serment qu'on lui avait arraché, il s'était fait de la trahison de Godin, un ^ssez plausible prétexte pour le rompre. Mérovée avait été contraint de le suivre ; Brunehault, retombée en captivité, n'avait pas pu suivre Mérovée. Cène fut pas tout : quand la victoire eut condamné Tentreprise de ses ennemis, Chilpéric, plus libre, garda encore moins de ménagemens. Il accusa hautement son Gis d^avoir suscité cette guerre (1), et délibérant en lui-même du sort qu'il lui prescrirait^ il lui ôta cependant ses armes^ et lui donna des gardes qui eurent ordre de veiller sur lui.
Bientôt une importante négociation s'engagea avec l'Austrasie* Aucune illusion n'était plus possible pour Chilpéric; aucune espérance prochaine sur ce royaume. Le gouvernement s'y affermissait ; les principaux seigneurs prenaient la régence ; Childebert régnait. Contran lui-même, réveillé de son inaction, ne favorisait plus l'ambition de son frère. Il reconnaissait le jeune roi, et annonçait ouvertement la résolution de le maintenir. L'affeclion lui en eût fait un devoir ; son intérêt lui en faisait un besoin.
(i) Disant que sa méchanceté avait été la cause de ce combat. Ce sont les expressions même de Grégoire de Tours.
Godin était donc dUnteliigence avec Mérovée; à plus forte raison avec firunehault.
L'entreprise de Godin était donc antérieure à la captivité de Mérovée.
Elle avait donc précédé la délivrance de Brunehault.
Elle avait donc précédé la guerre qui n'éclata qu'après celte délivrance.
Voyez la noie i de la pj^gc préccdenlc.
Les régens envoyèrent des ambassadeurs au roi de Soissons. Dans l'état précaire où était encore leur pays, ils n'eussent pu sans témérité braver les hasards de la guerre. Ils les voulaient donc éviter ; mais une autre nécessité les pressait. L'Austrasie entière redemandait Brunehault, et la gloire du jeune roi ne permettait point qu'on différât d'entreprendre la délivrance de ses deux sœurs et de sa mère. C'était à quoi venaient travailler les ambassadeurs. En d'autres temps, on les eût mal écoutés, et poàr un si difficile succès, il n'y aurait eu que la force. Mais la fortune prit plaisir à les seconder, et les embarras où était engagé Chilpéric les délivrèrent fortuitement de ceux qui les arrêtaient.
Rendre volontairement Brunehault, c'était borner et abandonner sa vengeance ; les faibles et courtes vengeances n'étaient pas selon l'humeur du farouche roi de Soissons. Rendre Brunehault à son fils, c^était donner à ce jeune prince un guide habile et passionné qui Texciterait infailliblement à la guerre, et lui aiderait à la faire plus heureusement. Retenir Brunehault, c'était appeler ou plutôt prescrire la guerre, et Contran menaçait d'aller au secours des Austrasiens. Retenir Brunehault, la guerre engagée, c'était courir le hasard qu'elle tentât de nouveau des trames semblables à celle qui avait manqué à Soissons, mais (|ue l'absence de l'armée rendrait alors plus faciles et plus dangereuses. Retenir Brunehault, c'était, en prolongeant sa vengeance, s^exposer à la voir retomber sur soi ; car Mérovée pouvait échapper à ses gardes ,
et les époux séparés être en peu de temps réunis. En rendant Brunehault, si la régence des seigneurs était maintenue, au lieu de provoquer la guerre, on la préviendrait. En rendant Brunehault, st elle était exclue, de la régence, au lieu de fortifier le gouvernement d'Austrasie, on y préparerait des divisions qui Paiïaibliraient. En rendant Brunehault, on Tcloignerait ; et si la régence intéressée à la laisser sans appuis, promettait ne pas donner asile à Mérovée, leur séparation, maintenant douteuse et peu sûre, deviendrait absolue et irrévocable. L'avenir, il est vrai, poiurait troubler ces combinaisons ; mais il les pourrait troubler toutes^ et son inévitable pouvoir ne serait pas moindre à Rouen qu'à Metz. On ne le détourne qu'à de trop chères et trop hasardeuses conditions: il faudrait des meurtres.
Tout se réduisait donc à exclure Brunehault de la régence, ,et à interdire à Mérovée Taccès du royaume d'Austrasie. L'ambition des régens s'accordait trop bien avec la politique du roi de Soîssons : le traité se fit ; Brunehault fut libre*
Mais l'événement justifia mal l'artificieuse prudence de Chiipéric, et l'on eut un témoignage de plus de la vanité de nos plus sages conseils. Quand Brunehault reparut à Metz, un vif enthousiasme éclata. Sa présence rendit plus profond et plus général le ressentiment de ses injures et de ses malheurs. Bien qu'écartée du gouvernement, ses droits méconnus ne firent peut-être qu'ajouter à son influence. Le peuple demanda vengeance pour lui et pour Brunehault. Parnû
les seigneurs, ceux qui, ne s'avouant poinl inférieurs aux régens^ se lassaient de Tautorité qu'affectaient sur eux leurs pareils^ poussèrent à leur tour le cri de guerre. II fallut céder. La régence n'eût pu, sans péril pour elle-même, opposer de irop longs refus à l'unanime et généreuse volonté qui la dominait. On douta un moment si le roi de Bourgogne ne condamnerait pas une rupture si précipitée, et ce ^oute servit de prétexte à quelques retards. Mais la dextérité de Brunehault aplanit l'obstacle. Contran , excité par elle, accorda même son concours. A la vérité , Chilpéric persistait dans sçs prétentions sur le Poitou et sur la Touraine. Cette persévérance d'ambition alarmait et offensait le roi de Bourgogne. Elle eut in-* failliblement une grande part à sa détermination.
De son côté, Chilpéric armait, jugeant meilleur de prévenir, que de l'être. Une première armée se réunissait sur les confins de l'Anjou et de la Touraine , et quand on la jugea assez forte, Chlovis, le second fils du roi, en vint prendre le commandement. Il la conduisit contre la ville de Saintes, qu'il attaqua, et qui se soumit. Une autre armée s'avançait en même temps dans le Limousin ; Chilpéric lui avait donné pour chef Didier. Bientôt, les troupes de Bourgogne et d'Austrasie entrèrent elles-mêmes en campagne ; le patrice Mummole était à leur tête. L'habile chef, dédai* gnant Chlovis, s'attacha à la poursuite de Didier, et se proposa, comme uniquebut de la guerre, sa défaite. Il l'atteignit vers Limoges. Des deux côtés, l'ardeur de combattre était égale, le nombre et la confiance pareils.
La bataille s'engagea sur l^heure , et elle Tul, ainsi qu on l'attendait, furieuse« Comme on ne cédait ni ne fléchissait nulle part , on n'eut pour ouvrir les rangs que le carnage. Ni l'imprudence ni la lâcheté ne décidèrent de rien. La force seule et la mort déclarèrent à qui restait la victoire. Il mourut cinq mille des soldats de Mummole ; de ceux de Didier, il en mourut vingtquatre mille. Pour lui , réduit à la fuite , il n'échappa qu'à grand'peine et à grand péril. L'armée victorieuse entra en Auvergne, et y prolongea ses succès.
Godin , si dévoué depuis son retour, aux intérêts de Childebert et de Brunehault , n'eut aucune part à la gloire de cette campagne ; la mort l'avait subitement enlevé après la déroute de Boissons. Il laissait une veuve encore jeune et belle, que Rauchingue, homme de ruse et de violence, épousa. On raconte de lui une horrible histoire , où se retrouve toute la férocité des mœurs de ce temps, et qu'il ne faut pas négliger. Cet homme exerçait d'incroyables cruautés sur ses serviteurs. Il se faisait un jeu des souffrances qu'il leur infligeait, et dans ses festins quelquefois, on l'avait vu, pour se réjouir, les contraindre à brûler leurs jambes aux flambeaux de cire qu'ils portaient devant lui. 11 arriva que l'un d'eux prit de l'amour pour une jeune 611e de sa maison. La crainte d'être découverts, la certitude qu'on les séparerait et les châtierait, leur persuadèrent de fuir et de chercher dans l'église voisine un asile. Rauchingue en fut bientôt averti , et il accourut ; mais les prêtres lui dirent ; « Tu sais les » droits de l'Église , et que tu ne peux lui reprendi^
» tes serviteurs si tu n'as juré de les unir el de les I» exempter de tout châtiment. » Lui, ces paroles entendues , resta d'abord en suspens ; après qiioi , s'étant recueilli , il étendit ses mains sur Fautel et jura , disant : n Qu'il ne les séparerait point , et prendrait n soin , au contraire , qu'ils fussent unis perpétuelle- » ment. » Les prêtres , ne pénétrant point au-delà du sens apparent de cette promesse , la jugèrent sincère et satisfaisante, et ils rendirent à Rauchingue ses deux serviteurs. Sitôt qu'il les eut, il Gt promptement creuser une fosse et un arbre. La fosse achevée , l'arbre y fut placé. Puis dans l'arbre fut étendue la fille , et après elle le malheureux qu'elle aimait. Une planche referma ensuite l'étroite ouverture de l'arbre , et l'on rejeta sur eux de la terre qui emplit la fosse et la nivela. « Ainsi tiens-je mon serment , dit Rauchingue ; » ils ne seront point séparés. » Les prêtres en eurent avis , et ils se hâtèrent. Ce ne fîit pas pourtant assez tôt. Le serviteur fut retiré vivant de la terre ; mais la jeune fille avait déjà expiré.