‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 12 sur 196 · CONVERSION · texte numérisé non relu

CONVERSION

Les Francs , dans les Gaules , n'en étaient que l'armée. Le reste de la nouvelle nation était gaulois ou romain : les Francs , encore idolâtres ; les autres , déjà vieux chrétiens.

(i) Ce nom était celui d'un peuple d'orig^îne gauloise, établi sur les bords du Danube, et qui avait mis cette espèce de cbar en usage. Plutarqûe parle de ce peuple dans la Vie de Paul Emile, chap. i3 et i8.

Conserver et faire cohabiter ces deux cultes leût été peu sûr pour les Francs, maintenant dispersés sur le territoire conquis. Ramener des chrétiens au paganisme était impossible. Conduire les payens au christianisme était seulement, difficile. C'était le mouvement du temps 9 le pr(^;res naturel, le terme assigné. Une clarté sublime avait lui, qui s'étendait successivement^ et devait courir par toute Ja terre.

Les Francs d'ailleurs, établis depuis iong^temps sur tes bords du Rhin, avaient reçu par lé voisinage dies Gaules, et par leurs fréquentes incursions dans ces provinces, des germes de christianisme, qui ne demandaient qu'à éclore. L'exemple des Gothsetdes Bourguignons montrait que la conservation de. la conquête était h ce prix.

Les évéques n'avaient pas regret aux Romains impuissans désormais à les prot^er , ni aux Grecs chez qui l'hérésie d'Ëutichès prévalait. Mais ils invoquaient un bras fort pour les défendre des autres barbares , et de l'arianisme déjà maître en tant de royaumes ; chez les Wisigoths, chez les Gépides, chez les Suéves , chez les Lombards , chez les Vandales , chez les Ostrogoths , chez les Boui^uignons. La fortuneieur donnait Chlovis.

Il était nécessaire à Chlovis d'être chrétien pour garder les Gaules, et aux chrétiens des Gaules, que Chlovis le devînt , pour les préserver.

Chlotilde y travaillait avec. zèle. Elle.en avait eu l'espérance avant de quitter la Boui^ogne ; mais Je succès ne répondait qu'imparfaitement h cette espé-

rance. Chlovis flottait indécis entre sa conviction en^^ core incomplète , et le danger d'oflenser les vieilles idolâtries des Francs. Les vérités du Christ se manifestaient à lui confusément et avec lenteur. Déjà incrédule aux idoles 5 il tardait à devenir croyant au seul Dieu. La politique lui persuadait à la fois le christianisme , et l'en dissuadait.

Pendant qu'il doutait et délibérait , Chlotilde lui donnait un fils. La pieuse reine, profitant avec habileté de la joie du roi, exigea que l'enfant fût fait chré? tien. Chlovis, déjà ébranlé, consentit. Il trouvait bon d'avoir cette occasion d'éprouver les dispositions de ses Francs .Le jeune prince eut donc le baptême. Mais à quelques jours de là, il mourut, et le roi troublé i^etourna en arrière, et se repentit.

Chlotilde eut un second fils. Elle insista encore , et obtint encore pour lui le bap^mé. Mais voilà que l'enfant est tout-à-coup saisi du même mal que son frère. Chlovis éclate alors en reproches , s'imaginant que la colère de ses anciens dieux le poursuit. Chlotilde, deux fois malheureuse, est consternée et désespérœ. Mère , elle pleure ; chrétienne, elle prie. Avec elle , prient aussi ses chrétiens. Enfin , la^mort est fléchie, et Penfant guérit. Chlovis, encouragé, commence à croire au Dieu de Chlotilde.

D'autres événemens survinrent. Sur le territoire enfermé entre le Danube , le Rhin et le Mein , deux peuples étaient établis , les Suèves et les Allemands. L'exemple donné par les Francs, les Wisigoths et les Bourguignons, les excitait à chercher à leur tour un

meilleur établissement dans de plus heureuses contrées. Ayant uni leurs forces, ils marchent, et rencontrant, au passage, les Ripuaires, alliés des Francs et «a Fans comme eux des anciens Sicambres , ils font effort pour les surmonta. Ceux-ci appellent les Francs, et Chlovis acc(mrt. Il n'ayait garde de leur refuser une protection dont il comptait leur faire com-* prendre et payer le prix.

On combattit à Tolbiac , auprès de Cologne. Sige^ bert , de la race de Chloyis , gouyemait ce pays ayec le titrede roi. Ce fut lui qui'commença Pattaque, tombant sur les Allemands ayec une grande résolution. Mais il succomba. Ses troupes, rebutées , reculèrent, et, renyersé lui-même et blessé , son 61s ne le retira qu'à grand'peine de la mêlée. Tout fut alors , chœ les Francs , terreur et désordre. Chez les Allemands , l'ardeur et Tachamement redoublaient. En un instant , Chloyis , pressé et enyironné , se yit dans un extrême péril ; il allait perdre sa gloire. Aiirélian alors s'approchant : « Chloyis , dit-il , te fieras-tu tou- » jours à tes dieux ? --» Non , reprit le roi ; ils sont » yâins* Je le connais bien à cette heure. Dieu des » chrétiens, sois-mm en aide ; je me youe à toi. » Et disant ainsi, il s'élance. Le courage reyient aux siens, et Ton ne fuit plus. L'ennemi s'étonne. Il poursuiyait des troupes rompues , c'est lui maintenant que l'on ya rompre et poursuivre *, il était vainqueur, le voilà vaincu.

Le carnage fut grand ; le roi des Allemands fut tué ', la nation passa sous le joug , et paya tribut»

Au retour^ Chlovi» s Vrétant à Toul , se fit caté« chiser quelque temps par sami; Wast,. Saint Médard et saint Rémi achevèrent.

Il ybt à Rheims. Là,, ayant fait assembler le» Francs, il se préparait à leur expliquer sa résolution* Mais préyenu par des aoclmiations: unanimes : « Nous » renonçons les dieux mortels , criait le peuple ; » nous croirons Rémi , et n!obéirons qu'au dieu im- » morteL »^

On prq)ara la solennité du baptême. L'élise de Saint-Maclin fut parée avec une grande somptuosité. De riches tentures, de précieux yases , des , cierges sans nombre, les plus suave» parfums; toutes les pompes et toute la majesté du culte chrétien. Trois mille catéchumènes, des Francs, suivirent le roi. au baptême , et quand ce prince s'avança, vêtu de blanc, pour, le recevoir : « Siçambre , lui dit saint -Rémi , )» humiUe-toi, et abaisse ta tête. Brûle ce que tu as. » adoré , adore ce que tu as brûlé. »

Une autre cérémonie suivit. Avec le baptême. 4^ chrétien, Chlo vis reçut Ponction des rois (1). .Hincmar nous a, transmis cette tradition long-temps respectée, qu'au moment où se préparait la consécraticm, une colombe d'une éclatante blancheur descendit , et

(i) Ce premier fait ne saurait être révoqué en doute. Le testament de saint Rémi nous a été conservé, et l'on y trouve ces mots . décisifs r « Quem (Ghlovis) baptisavi, de sacro fonte suscepi , donoque septifor- » mis spiritus consignavi, bt ter bjusdem savcti sfibitossacri chris- » MATis UNCTIORBM oRoiiiAvi IV REGEM. (Frodoard, Hist. eccLRhem., lib. 1, cap. i8.)

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