‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 123 sur 196 · GUERRE DE BRETAGNE · texte numérisé non relu

GUERRE DE BRETAGNE

En ce temps, Chilpéric eut la guerre ; ce fut en Bretagne qu'elle s'alluma : guerre sans cause certaine, et . sans résultat apparent (1).

Ce pays était encore gouverné comme après l'expédition de Chlovis. Il s'y était formé deux Etats, et chacun était soumis à un comte. L'un de ces comtes se

(i) Le p. Daniel suppose qu'elle fut excitée par TAustrasie. Rien, à mon avis, ne justiGe cette opinion.

Il n'y a pas la moindre trace , dans l'histoire, d'un appui quelconque accordé au comte de Bretagne par des étrangers.

Outre cela, il n'est pas à croire que si Warroch eût été secondé par TAustrasie, il eût fait si précipitamment la paix avec Chilpéric, trois jours après avoir défait son armée.

n semble d'ailleurs que ce fut Chilpéric qui fut agresseur.

homniait Malô ; Tautre Bodic. Ils firent entre eux un traité pour se garantir réciproquement la possession de leur Etat, et promirent que celui des deux qui suryii^rait, protégerait les aifans de l'autre. Il en arriva autrement. Bodic mourut le premier, laissant un fils encore jeune, du nom de Théodoric. Malô, méprisant 9on âge, et rompant Taccord qu'il avait juré, entra k main armée sur les terres de Bodic, et s'en empara. Mais ThéodorîCj fugitif et dépouillé qu'il était, trouva des ressources dans la fidélité de ses Bretons et dans soù courage. En peu de temps il eut des soldats et presque une armée. Marchant aussitôt, et avec résolution , contre Malô , il le combattit, le vainquit et le tua. Jacob, fils de Malô, périt aussi dans cette rencontre. Mais il avait un frère qu'on nommait Warroch. Celui-ci obtint la paix de Théodoric, et eut tout l'héritage de son père. Les deux comtés subsistèrent donc comme auparavant. La mort du spoliateur fut le seiil fruit de l'usurpation.

Warroch, si mes conjectures ne me trompent pas, voulut s'affranchir du tribut que Chlovis avait imposé aux Bretons^ Peut-être même ce tribut était-il comme , tombé en oubli pendant les longues dissensions des rois francs. Mais, quel que fût le motif qui Ty excit)ait, Ghilpéric fit armer le peuple dé Tours, de Poitiers, de Bayeux , d'Angers et du Mans, et l'envoya combattre en Bretagne. Cette armée, puissante au moins par le nombre, avança d'abord sans obstacle. Elle pénétra jusqu'à la Vilaine, et y mit son camp. Warroch tenait la rive opposée avec ses Bretons. Une nuit, pen-

dant qu'on élait, dans le camp des Francs, plein de sécurilé et de confiance, le jeune comte passa sans bruit la rivière, et vînt fondre avec une grande im|)é* tuosité sur le quartier des gens de Bayeux. C'étaient des Saxons qu'on disait établis dans cette contrée depuis le siège d'Honorius et de Valentinien. Ils périrent dans ce combat presque tous.

La victoire fut grande, et les avantages qu'en retira Warroch, médiocres. Trois jours après il conclut un traité avec les capitaines de Chilpéric. On convint que Tarmée du roi s'éloignerait de la Bretagne. Mais de son côté, Warroch se reconnut dépendant, et fit serment de fidélité.. Il rendit de plus la ville de Vannes , sous la condition toutefois qu'il en conserverait le gouvernement. Enfin, il promit d'acquitter exactement les tributs, et donna son fils en otage.

Mais bientôt il se repentit et envoya à Chilpéric, Eon, évêque de Vannes, pour solliciter de meilleures conditions. Chilpéric avait alors rappelé et dispersé son armée. Irrité de la mauvaise, foi de Warroch, il adressa de sanglans reproches à son envoyé. Il fit même plus, et sans s'arrêter au caractère politique et religieux de l'évêque, il le fit mener en exîL .

Les Bretons, quand ils en furent informés, coururent aux armes. Ils entrèrent sur le territoire de Rennes, et y commirent d'effroyables dévastations. Leurs excursions s'étendirent jusqu'aux portes dcS Saint'-Aubin-du-Cormier. Le roi, à son tour, envoya contre eux le duc Beppolène; mais leurs forces n^étant pas égales aux siennes, ils évitaient habilement de com-

battre, et les succès qu'obtinrent les Francs se bornèrent à des représailles de destruction, qui redoublèrent la haine du peuple.

Il se vengea sur le territoire de Nantes. Tout y fut détruit : les moissons ravagées , les fermes brûlées , les vignQs dépouillées de leurs fruits, les habitans emmenés en captivité. L'évéque intervint inutilement avec des prières et des menaces. Ils ne se laissèrent ni épouvanter, ni toucher. Quand ils s'en allèrent, ils traînaient avec eux un butin immense, et Ton n osa pas le leur disputer.

EnQn Chilpéric révoqua . Texil de Févêque Eon . Mais il ne voulut point consentir qu'il retournât à Vannes, et lui prescrivit de résider k Angers. Ce fut la fin de la guerre.

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