‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 125 sur 196 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

CHLOVIS — ÀUDOVEBE (681).

Frédegonde avait été quelque temps comme subjuguée par Fétonnement et par l'épouvante où la jetait son malheur. Mais elle se releva promptement, et de nouvelles fureurs marquèrent le réveil de son funeste génie. Ce fut où elle (chercha la compensation de ses pertes , et sa sûreté contre les périls qu'elle prévoyait. Laissée, pour l'avenir, sans protection et sans forces, die s'en voulut créer d'autres par la prompte ruine de ses derniers ennemis. Le meurtre l'avait élevée ; ellç prit pour aide le meurtre : la mort lui avait ôté ses appuis ; elle s'en fit un de la mort.

Chlovis était maintenant l'unique héritier de ce royaume. Fils d'Audovère , frère de Théodebert et de JMéravée, leurs injures étaient les siennes, et les mêmes ressentimens l'animaient. C'était un prince d'habileté médiocre, et qui en avait donné de fâcheuses preuves dans la Touraine et dans le Poitou, lorsqu'il laissa perdre ces deux provinces, et ruiner, sans combattre , l'armée qu'il y commandait. Depuis

ce temps , toujours éloigné des afiaires , il avait au moins recueilli ce fruit de son inaction , qu'on n'avait pu lui attribuer aucune part dans la funeste entreprise de Mérovée. Ses vœux étaient bien pour lui ; mais ils n'éclatèrent pomt , et ne se purent connaître par ses actions.

On eût dit ce prince doué, sinon d'activité, au moins de dissimulation et de prudence. Mais quand il se vit sans compétiteurs , et que la mort eut si rapidement enlevé ses trois jeunes frères, ennemis que son ennemie instruisait et nourrissait dans sa haine, cet événement inespéré lui enfla le cœur, et il se mit ù dédaigner ces ménagemens , dont il crut que sa fortune n'avait plus besoin. Il laissait à chaque instant échapper d'indiscrètes et présomptueuses paroles , triomphant sans pitié de la douleur de la reine , et se glorifiant , dans son insultante joie , d'un malheur si propice et si favorable pour lui : « Que la Gaule tout ^ entière lui serait soumise ; que son empire y serait » sans borne et universel ; que ses ennemis tombaient D enfin dans ses mains , et que leur sort ne serait que » ce qu'il plairait k sa volonté, a Allaût même encore plus avant , il nommait ouvertement Frédegonde , et lui prodiguait les reproches , les diffamations , les menaces. Qu'aurait pu cette femme artificieuse et hardie souhaiter de plus utile à sa fortune présente , et aux desseins qu'elle méditait pour la raffermir ?

Profitant donc de ces imprudences et de ces outrages , elle essaya d'abord d'un moyen qui , si Je succès avait répondu à ses espérances , lui eût épar-

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