‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 129 sur 196 · LIVRE IV (57B-Ô · texte numérisé non relu

LIVRE IV (57B-Ô

relâchait et rompait insensiblement son alliance avec l'Austrasie. Les choses en vinrent au point que Childebert , déterminé à traiter avec Chilpérîc, lui envoya ouvertement des ambassadeurs.

Le succès des négociations fut prompt et complet. Elles étaient dirigées par iEgidius, cet évéque de Reims , dont on sait déjà les relations secrètes avec Frédegcmde. Ont fit alliance ; on promit de faire la guerre à Gontran ; on convint dé partager son royaume; Chilpéric accepta son neveu pour héritier et pour successeur. La seule condition qu'il y mit fut qd'on lui laisserait garder toute sa vie les pays qui étaient alors en sa possession. Lorsque tout fut ac* cordé et réglé, le roi de Soissons envoya lui-même des ambassadeurs en Aùstrasie, et ceux-ci firent et reçurent les sermens qui scellaient et confirmaient les traités. * Dans le partage qui s'était fait après la mort du roi de Paris , Marseille était échu à Gontran et à Sigebert. Chacun de ces princes en devait avoir la moitié. Quand Sigebert eut péri , et que son fils fut tombé au pouvoir du roi de Soissons, Gontran, profitant de la confusion où étaient les esprits et les affaires, s'empara artificieusement de la seconde moitié , et mit la ville entière sous sa domination. Lorsqu'ensuite, après la délivrance de Childebert et de Brunehault, TAustrasie soulevée sollicita son appui pour renouveler la guerre contre Chilpéric, il abusa des embarras de ses alliés, et exigea que Marseille continuât de demeurer en ses mains. La nécessité ne permettait pas alors de contester, ni de refuser. On souffrit donc cette injuste 1. -'>-'>

occupation sans se plaindre, et tant que durèrent les dissensions avec . Chilpéric , on n^eut aucun moyen d'obtenir de Contran qu'il y renonçât.

Mais lorsqu'enfin la paix eut été faite avec Chilpéric, TAustrasie, plus confiante et plus libre, résolut de recouvrer à tout prix cette importante possession. Des envoyés de Childebert allèrent vers Contran, et lui demandèrent avec insistance l'exécution de l'ancien partage. Ce fut sans succès. Ils eurent recours aux menaces ; ce langage ne fut pas mieux écouté. Au lieu de la satisfaction qu'ils s'étaient promise , Contran munit ses villes, pourvut à la garde de ses frontières, et se prépara ouvertement à la guerre qu'on lui annonçait.

Dynamtus gouvernait la province de Marseille. C'était Contran qui l'y avait établi. L'évêque était Théodore , qu'on soupçonnait dévoué au roi Childebert. Dynamius , qui craignait d'en être trahi, le fatiguait d'uj[ie surveillance assidue , et lui tendait chaque jour de dangereuses embûches. Il y était même secondé par le clergé de Marseille, qui s'était presque unanimement séparé de son évêque, et qui ne prétendait à rien moins qu'à faire prononcer sa déposition. Un jour enfin , ayant découvert que Théodore allait sortir de la ville et se retirer auprès du roi d'Âustra* sie, Dynamius se hâtant, l'atteignit au milieu des rues, l'accabla d'outrages, et lui refusa violemment la liberté d'exécuter son dessein. Bientôt cependant, effrayé de cette entreprise, il se repentit. L'évêque fut libre, et put achever ce qu'il avait résolu.

Cétail le temps où le roi de Bourgogne , ayant repoussé ses réclamations, Childebert méditait secrètement les moyens de ressaisir cette importante portion de TÎlle, dont il ne pouvait consentir à se dépouiller « L^entreprise était difficile , et deniandait autant de résolution que de prudence. Il avait Fait choix, pour la diriger , de Gornulphe , homme de naissance noble , et ique son mérite avait rapidement élevé du rang de domestique (1) du prince à celui de duc. Gornulphe s'étant concerté avec Théodore , ils convinrent de partir ensemble, et de se rendre rapidement à Marseille. Mais quand ils arrivèrent aux portes, elles leur furent fermées. Dynamius ne permit, ni è Goraulphe d'entrer dans la ville, ni'àrévéque de retourner dans sa cathédrale.

Alors ils lui proposèrent des conférences , et il ne soupçonna point qu'il pût être sage de les refuser. Le lieu qu'on choisit fut l'église de Saint-Etienne, édi-

(i) Domestique : c'était un office, et miàt une dignité — .DigoitAii fuit non contemnenda , sub prima et secundâ regum nostrôrom familiâ. Nam inter praecipuos regni ministros doméMtici sspé enumerantur; ut in pnefatione leg. Burgund . Sciant itaque optÔÈUttes^ comités, consiliarii^ DOMESTici et majores domûs nostrœ. Et cura munera in . judicio accipere prohibeantur , eosquoque judicasse dici potest; sic leg. Ribuar. tit. 90 : Ut optimales^ majores domûs, dombstici, grqfionesj cancellarii^ etc, in judicio résidentes , munera ad judicium pervêrteridum non rtcipiant. Hos etiam régi judicanti adsedisse probat Marculfus ipse, lib. i, dum ioter mînistros et offîciales qui régi adsiderent dombsticos recenset. . ( Jérôm. Bignon, Not: lib. 3, cap. 5a.)

Ajoutez le chapitre \i6 , livre i, des Gapitulaires de Charlemagne et de Louis- le* Débonnaire : «Ut omnes episcopi, abbates, abbatissœ, opti- Diates et comités , seu domestici et cuucti fidèles qui bénéficia regalia habere videntur . . . «etc.

fice placé à une faible distance de la ville. Dynamius y Tint avec une nombreuse suite de gens armés. Mats,' quand il fut entré dans Péglise , les serviteurs deFévéque en fermèrent aussitôt les portes^ et les sol* dats furent contraints de s^arrét^ au dehors. I/entretien se prolongea un assez long temps au pied de Tautel. Après qu'il fut achevé, Dynamius, Gomulphe et révêque entrèrent dans la sacristie. Cétait le moment et te lieu marqués pour l'attaque que Ton avait préparée. A peine introduits, on se précipita sur Dynamius,.qui fut promptement désarmé et mis sans défense. Les soldats , entendant le bruit , essayèrent bien de rompre les portes et de venir au secours. Mais Gomulphe , suivi de quelques-uns des siens , sortit sur eux, les repoussa vivement et les mit en fuite.

Dynamius, resté seul, se soumit aux conditions qu'on lui imposa. Il s'humilia , et pria le duc et l'évéque de lui accorder le pardon de ses offenses ; il 6t h Gornulphe de nombreux présens ; il jura fidélité, sur l'autel, à Théodore et à Childebert. Le serment reçu, on lui rendit ses vétemens et ses armes , et tout aussitôt Ion se mit en chemin vers Marseille. Le bruit de la défaite et de la soumission de Dynamius y était déjà parvenu. Le peuple y avait répondu par d'unanimes acclamations. On ouvrit, sans plus résister^ les portes de la ville. On alla au-devant de Gornulphe et de Théodore avec des branches d'olivier et des drapeaux. La multitude célébra par de tumultueuses réjouissances la réintégration de son évèque, et le rétablissement de l'autorité du roi Childebert.

De son côlé, Chilpéric ne négligeait point l'exécution du traité , et se préparait à en retirer les avantages qu il s^était promis. Il fit marcher en même temps trois armées; Fune en Gascogne , sous le commandement du duc Bladaste ; l'autre contre Périgueux, conduite par le duc Didier; la dernière dans le Berry , à laquelle il donna pour chef le duc Bérulphe. La première n'eut aucun succès; elle fut repoussée par les Gascons et taillée en pièces. La troisième ravagea le territoire de Bourges, et réussit à préserver la Touraîne que Gonlran s'était proposé d'assaillir. Celle de Didier, plus heureuse encore, fit d'éclatantes et utiles choses. Attaquée d'abord par les troupes de Bourgogne , que commandait le duc Ragnovald, elle les vainquit et les mit en fuite. Cette victoire obtenue, elle vint assiéger Périgueux et s'en empara. Ensuite elle marcha sur Âgen , qui fut promptement réduit k se rendre. To«t ce que possédait Gontran dans cette province, Didier le soumit à l'obéissaiice de Chilpéric.

En Austrasie, de graves dissensions éclataient, qui donnaient, au moins de ce côté, quelque relâche au roi de Bourgogne. Le duc Lupus était gouverneur de la Champagne. C'était l'un des plus considérables serviteurs du roi Sigebert, et qui avait occupé sous son règne les principales dignités de l'État. Après la mort de ce prince, il s'était attaché à la reine, et l'avait servie avec beaucoup de fidélité. Ce dévouement pour les intérêts de leur ennemie, ne tarda guère à exciter contre lui la méfiance et l'aversion de ceux d'çntre les grands qui s'étaient emparés de la régence. Ses plus

acharnés adversaires étaient Berthfried , Ursion et yEgidius. Nulle occasion de lui nuire n'était négligée; c'était chaque jour de nouveaux dégoûts et de nouvelles ofienses* Par degrés , on le dépouilla de tous les emplois qu'il avait; il ne restait plus que la Chanipagne h lui enlever., Bientôt même on cessa d'en dissimuler le dessein*

Mais quand il se vit en une extrémité si fâcheuse, le duc , sollicité par la reine , encouragé peut-^tre et soutenu par Contran , résolut de ne point céder sa province, et de s'y m^tenir, si on l'y contraignait, même par les armes. U leva donc des troupes , et se prépara pour l'attaque dont il était menacé. La régence alors ne garda plus de ménagemens , et son armée , au lieu de seconder Chilpéric , alla en Champagne. Ils prévoyaient peut-être quelque trahison ; peut-être craignaient-ils que le duc , si cruellement offensé , n'aprpelât Contran , et ne lui livrât la province..

Les de^x partis étaient en présence ; celui de la régence , beaucoup plus nombreux ; celui du duc, faible par le nombre , mais redoutable par l'ardeur qui y suppléait. On allait combattre; chaque troupe avait pris son rang de bataille ; un profond silence régnait ; c'était le moment, toujours solennel, qui précède l'affreux signal. Tout-fà-rcoup, un mouvement extraordinaire se fait au centre de l'armée d'Austrasie. Une femme à cheval , en habit de guerre , s'élance dans 1 étroit espace qui sépare encore les combat tans. C'est Brunehault ; c'est la reine. « Abaissez vos épées, leur » crie-t-elle. Arrêtez- vous , et qu'une si détestable

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