LIVRE IV (o78..S
» action ne s'achève pas! Sera-t-il glorieux d'avoir » opprimé un homme innocent? Vous réjouirez-vous » d'avoir^ pour lui seul, couvert le royaume entier de 9 désolation?!» Ce spectacle si nouveau et si imprévu , ce langage si juste à la fois et si imposant , étonnent , ébranlent , excitent de nombreux murmures d'assentiment et d'admiration. Les ennemis du duc frémissaient, et Ursion, élevant la voix, osa dire : « Femme, n éloigne-tôi. N'es-tu point satisfaite d'avoir com- » mandé pendant que régnait Sigebert? C'est ,ton » fils qui est roi maintenant. C'est de notre appui qu'il » a besoin, non du tien. Eloigne-toi, si tu ne veux » que les pieds de dos chevaux t'écrasent contre la » terre. »
Brunehault ne tint compte ni de ces injures , ni dt ces menaces. Elle résista et persévéra. En aucun temps de sa vie elle ne montra plus de grandeur et d'habileté: Les prières , les plaintes , les reproches , les sages conseils se mêlaient et se tempéraient mutuellement dans ses infatigables discours. Enfin elle triompha. Ils renoncèrent à ce funeste combats qui s'annonçait si sanglant. Mais un accord obtenu avec tant de peine offrait peu de sûreté. On ravagea les terres du duc ; on força et dépouilla ses maisons ; lui-même , après avoir conduit sa famille à Laon , £ùl bientôt contraint d'aller chercher un asile à la cour du roi de Bourgogne.
Les choses cependant menaçaient déjà de changer à Marseille. Gondulphe, son entreprise étant mise à fin , était retourné en Austrasie. Délivré des craintes que lui imprimait sa présence , Dynamius travaillait
sourdement , mais sans relâche , à reparer Tiraprudenee quHl avait commise , et le tort qu'elle avait fait à Contran. Mais Tévéque lui imposait encore el le contaiait. C'était son plus dangereux obstacle , et qu'il lui importait le plus d'écarter. Il envoya donc des messagers au roi de Bourgogne , et lui fît savoir que , non content de lui avoir ôtéla part du roi Childebert, Théodore se préparait à le dépouiller même de la sienne ; qu'il le fallait chasser de la ville ; qu'à moins de cela , son dessein s'exécuterait infailliblement. Contran ne se méfîa point de la sincérité de ce récit , et, sa réponse aux messagers fut que Dynamius accomplit ce qu'il proposait.
Mais l'évêque avait éprouvé dès long-temps les perfidies dé Dynamius , et le serment qu'il avait obtenu de lui ne Tempêchait point de se mettre en garde contre ses embûches. Le surprendre dans la ville même, était difficile. Advint le jour que devait être célébrée la dédicace d'une église nouvelle , bâtie dans la campagne , à quelque distance. Cette fête parut k Dynamius une occasion favorable. Il plaça dans un lieu couvert , une forte embuscade d'hommes armés , et quand l'évêque parut , on fondit sur lui , on dispersa ceux qui le suivaient , on le chargea de liens , on lui fit subir les plus honteux traitemens. Cependant on le conduisit devant le roi de Bourgogne. Ce prince , sitôt qu'il l'eut entendu , reconnut sans peine la fausseté de l'accusation. Au point où en étaient ses affaires avec les deux rois , il jugea prudent de ne pas allumer de nouveaux ressenlimens contre lui. 11 dé-