LIVRE V
Orléans et dans Bourges, Contran en appela des autres provinces. Une formidable armée s'assembla. Ses chefs cependant , avant de rien entreprendre , voulurent essayer d'effrayer ce peuple et de le soumettre par la seule persuasion» D'autres ennemis pressaient déjà le roi de Bourgogne, et il lut eût été important d'étouffei'la guerre du Poitou, sans la. faire* On envoya donc des députés à Poitiers, avec de vives exhortations et de nombrjBuses promesses* Mais l'évêque Mérovée refusa de les écouter. Tout aussitôt commencèrent les mouvemens de l'armée de Bourgogne ; les pillages , les incendies , les massacres commencèrent. Le territoire de Tours n'en fut pas exempt, quoik]iie soumis. Les Bourguignons, qui le rencontraient :(ur leur route quand ils transportaient le butin^ y grofssjui* sa'ient sans ménagement leur charge, au passage^ Toutefois les gens du Poitou ne se déi^ourageaient point. La lutte fut longue, sangls^nte, acharnée. Il ne fallut Hen moins, pour lasser et surmonte^ cette résistance, que le ravage entier du pays, et la ruine imminente de la ville,, au pied de laquelle l'armée de Bourgogne était enfin parvenue. On se soumit donc de nouveau. Mais les conditions faites furent mal observées. Les Bourguignons , reçus dans la ville^ y commirent de grandes violences^ L'évêque lui-même tomba aux mainjs des soldats , et n'eut d'autre moyen de s'en racheter que de mettre en pièces les calices d'or de son église, et de leur en faire le partage.
Pendant ce temps , Childebert , bien que repoussé de Paris , n'abandonnait pas ses desseins. Ce qu'il
prétendait principalement, c'était qu'on lui restituée sans retard tout ce qui lui avait été retenu de Théritage de son père; en quoi se trouvait comprise une portion de Paris. Il appela quelques-uns de ceux qui participaient au gouvernement de son royaume, et il leur dit : « Allez vers le roi de Bourgogne ^ représen^ , » tez-lui les torts que nous ont faits à tous nSs longues » querelles ; montrez-lui que l'occasion est favorable » pour les réparer; rappelez nos anciennes conven- 9 tions , et obtenez de lui qu'il les exécute. » Ils alléi*ent et parlèrent ainsi à Contran. Mais ce prince avait .découvert, depuis la mort de son frère;^ le traité fait antérieurement avec son neveu, pour le partage de la Bourgogne. Le ressentiment en était récent et profond ; il ne^t aucun effort pour le déguiser : « Trai- « très, leur dit-il, c'est vous, en qui il n'y a que men- 1» songe, qui me venez sommer de mes promesses? » En quelle façon avez- vous observé les vôtres ? Vous » prétendez que je reçoive vôtre roi en mon amitié? » Et qu'avez-vous négligé pour m'en faire un impla- » cable ennemi? Qui ût ce traité? De qui sont ces » sceayx et ces signatures? Par qui fut suggéré le des- » sein de me chasser de mon trône? Allez, traîtres ! » Les envoyés souffrirent patiemment ces reproches , et sans entreprendre de s'en excuser '• « Roi , dirent- » ils, si ta colère est si grande que tu veuilles rompre
V toutes tes promesses , cesse au moins de retenir ce
V qui ne peut être à toi. Rends à ton neveu ce qui lui » revient du domaine du roi Charibert. » t— « Il ne » lui revient rien, repartit Contran; qu'il lui sou-