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CHAPITRE VI

AGRANBISSEliENT (495).

Chlovis suivait ses desseins. Quand il était entre dans les Gaules, il avait pris sa route entre la Moselle et la Meuse, lie s'étendant que sur lés terres romaines, et respectant, à sa gauche, celles que les Bourguignons occupaient ; à sa droite , celles où étaient établis les Ripuaires. Il ne cherchait et ne voulait qu^un seul ennemi : c^en était assez alors pour sa fortune.

J)ans Tespace compris entre Tournai, la mer et leVahal (1), vivaient plusieurs peuples , sortis aussi

» trouve même des exemples antérieurs à ce règne , du moins dans les » sceaux. » (Lancelot, Mémoire sur Raoul de Presie. )

« Et sy portez les armes de trois fleurs de lys, en signe de la » benoiste Trinité y qui de Dieu par son angle furent envoyées au Roy » Chlovis, premier roy chrétien. » ( Raoul de Presie, prologue de la traduction de la Cité de Dieu. )

Or, Raoul de Presie était maître des requêtes sous Charles V, et s*adl'essait à ce prince.

•• Les fleurs de lys ont été employées de tout temps , et même dès la » première race de nos rois, pour ornement à leur sceptre et à léur^oU' » ronne; mais ils ne s'en sont servis pour leurs armes que depuis Philippe- » ^guste , qui en mettait une seule à son contre-scel , comme ont fait » Louis VTII et saint Louis. On a ensuite employé dans leur écu des flears » de lys sans nombre , qui enfin ont été réduites k trois du temps de *» Charles YI. » (Le P. Mabillon, Discours sur les anciennes sépultures de nos rois. )

(i) Nam Rhenus, apud principium agri Balavi, valut in duos amnes dividitur.... Ad gallicam ripam latior et placidior adfluens, verso coçnomento Vabalem accolae dicunt. (Tacit. Ann. , lib. 2, Cap. 6.) .

de la Germanie ; autrefois sujets des Romains ; aujourd'hui encore leurs alliés V mais indépendans. Ces peuples avaient embrassé depuis long4en)ps le christianisme. Celui qu'on appelait Armorique (1) était le plus puissant parmi eux.

Leurs possessions gênaient les Francs de Chlpyis. Placées entre leurs provinces des Gaules et leur territoire d'au-delà le Vahal , elles interrompaient leurs rapports et divisaient leur puissance.

Chlovis avait déjà essayé d'attirer ces peuples à lui ; mais sa religion les en détournait : ils étaient zélés chrétiens.

Quand il le fut devenu , le plus grand obstacle était aplani. Il envoya à eux : il leur représenta leur origine commune, la puissance des Romains détruite, la sienne affermie , l'utilité réciproque d'une réunion qui les fortifierait tous et augmenterait leur sécurité.

Il n'y eut plus de répugnance chez les Ârmoriques, ni de résistance. On fit un traité ; Chlovis poussa sa frontière à la mer et devint roi de ces peuples. Remarquable effet , en ce temps, d'une conquête qui lui permettait déjà d'acquérir sans conquérir.

Outre cela, les Romains conservaient encore quelques villes fortes , aux extrémités de la Gaule , le long des fleuves , aux bords de la mer. Quand les habitans eurent vu la soumission des Armoriques , il fut

(i) Cette dénomination était donnée dès le temps de Gé$ar aux peu* plei qui babitaient les bords de TOcéaii. (Comment, de Bel. Gat. , lib. 5, cap. 53 ', lib. 7, cap. 76 -, et lib. 8, cap. B>i.)

facile à Chlovis d'oblenir la lepr • Ce dernier appui leur manquant, que leur restait-il? Ils se résignèrent. On leur laissa leurs terres, leurs lois, leurs coutumes. Ils conservèrent la forme de leurs habits et leur enseigne de guerre. Ils entrèrent , libres , mais fidèles , dans la grande association des Francs.

Un peu plus tard , Chlovis vint aussi dans cette province que les Romains avaient donnée aux Bretons, quand ils les recueillirent , chassés de leur île par les Anglais et les Saxons. Il réduisit Nantes , Rennes et Vannes. 11 ôta au prince le titre de roi , le mit en sa sujétion , et lui fit payer tribut pour le territoire qu'il lui laissait.

Alors, des bouches du Weser jusqu'à Bâlè, de.Bâle jusqu'à la Loire , un peu au-dessous de Nevers , de la Loire à Vannes et à Rennes , de Rennes à la mer , de la mer au Rhin et au Weser, tout fut à Chlovis.

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