‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 140 sur 196 · LIVRE V (584-68S · texte numérisé non relu

LIVRE V (584-68S

Les espritss'animaient ei s'irritaient par degrés. Le roi laissait à chaque instant échapper d'amères et fné-^ prisantes paroles. Troublé surtout par Taudacieuse tentative de Gondovald, qu'en ce moment même on proclamait roi, il ne parlait qu'avec fureur et injure de ses prétentions et de sa naissance. « Il ne 6era pas » un digne guerrier, s'écria-t-il, celui qui né s-af mera » point pour rejeter hors de nos frontières ce mîséra- » ble imposteur, dont le père a tourné la meule, » manié la carde, et tjssé la laine. » Ces mots à peine achevés, l'un des envoyés les releva avec insolence : « Roi, dit-il, tu ne parles point sagement. Nous n'ap vions pas ouï dire, l'ordre spirituel excepté, qu'un » seul homme pût avoir deux pères. Toi cependant, » tu les donnes & celui-ci ; l'un cardeur , et l'autre » meunier. » Quand on eut entendu , de bruyantes risées éclatèrent ; les voix se mêlaient ; tout respect et toute prudence étaient oubliés •, là colère du roi avait ailumé toutes le$ colères* Enfin l'un des envoyés, moins sag^ encore et plus emporté que les autres, osa prononcer cette térhéraire inenace : « Nous te disons- » adieu. Tu ne veux pas rendre à Chîldebert ce qui » esta lui? Suis tes desseins : sache pourtant que la » hache est encore entière, par qui tes deux frères ont » tombé.» ils se retirèrent ; mais Contran était transporté de fureur, et quand ils sortirent de la ville , il les fit poursuivre par le peuple qui , non content des injures, leur jetait à profusion le fumier et la boue.

Toutefois, ee prince n'était pas en sécurité. iSon injustice envers Childebert; son étrange obstination de

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garder pour lui-même la portion de rancien domaine deCharibert, quf appartenait à Chlotaire, sa conduite équivoque envers Frédegoode , qu^il favorisait et offensait successivement ; ce mélange d'ambition profonde et d'apparente générosité', lui faisaient craindre et lui suscitaient peut-être en effet de nombreux périls. Un jour qu'il était encore à Paris, un pauvre mendiant perçant la foule qui Tenvironnait , parvint jusqu'à lui el lui dit : « Ecoute, roi, et ne méprise pas 9 mes paroles. Faraulf, qui fut des domestiques de » ton frère, a de mauvais desseins contre toi. Prends » garde quand tu iras , pour les offices du matin , à » réglise ; c'est à ce moment qu'il doit te frapper ou . » d'un couteau, ou de la lance. » On saisit Faraulf, mais il ma , et l'on ne put le convaincre. Cependant , quelle qu'en ait été la cause , à peu de temps de là il mourut.

Depuis ce moment, Contran ne se montra plus que chargé de ses armes , et quelque part qu'il allât , toujours une nombreuse gar^e l'entourait. Il usa même d'un moven bizarre ^ dont on est tenté tour à tour d'admirer la simplicité et de mépriser la faiblesse. Un dimanche, dans la cathédrale,^ au moment que la messe allait commencer, quand le diacre eut, selon l'usage, prescrit le silence, le roi se tournant tout^à-coup vers le peuple , éleva la voix , et lui dit : « Vous tous qui » êtes ici, je vous en conjure, gardez-moi une vraie et » inviolable fidélité. Ne me tuez pas^ comme il est ar- » rivé à mes frères. Qu'au moins je vive encore trois » ans, et que je puisse élever jusque-là mes neveux ,

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