LIVRE V (584-i
D envoya de ses serviteurs qui retirèrent ce corps de » la terre etFallèredt jeter dans la Marne. Ces hommes » n exécutèrent leurs ordres qu'imparfaitement ; ils ». laissèrent au prince sa chevelure» Ce même jour » j'avais tendu mes filets. Quandje les levai j'y trouvai » le cadavre. L'ayant reconnu à ses longs cheveux , » je le chargeai aussitôt sur mes épaules et le portai au » rivage. Ensuite je lui creusai secrètement une fosse d et la recouvris de gazon. » Le roi satisfait, mais doutant encore , voulut vérifier lui-même fe fidélité de ce récit. Il prit prétexte d'une chasse, et se dirigea vers le lieu qu'avait désigné le pêcheur. Tout était vrai. Le corps fut trouvé entier; sa longue et blonde chevelure n'en était pas encore détachée. Aussitôt Contran, exécutant ce qu'il avait résolu, convoqua l'évêque, le clergé, le peuple lui-même, et conduisit solennellement ces tristes dépouilles dans l'église de Saint-Vincent. On apprit aussi où étaient celles de Mérovée ; l'évêque de Chartres y fut envoyé, et la même pompe en accompagna l'exhumation. Elles allèrent prendre leur place auprès du tombeau de Chlovis.
De plus sérieuses dispositions suivirent. Contran retira Chlotalre des mains de la reine, et le remit à des gouverneurs. Il confia même à ceux-ci l'administration du royaume (1). Puis il obligea Frédegonde à quitter Paris, et lui assigna pour résidence le domaine
(i) Frédegonde étflit très-at'fligée de ce qu'on lui avait enlevé sonpoU'» voir. (Grégoire de Tours , liv. 7).
deRueQ, qui était dans le territoire de Rouen (1). Les g;rands de Neustrie l'y accompagnèrent, et après lui avoir promis de grands soins pour la .personne et pour l'éducation de son fils , ils retournèrent vers le jeune prince. Il ne resta avec elle que l'évêque Mélanius qui avait autrefpis supplanté Prétextât à Rou^i, et que Prétextât avait à son tour supplanté.
L'orgueil de Frédegonde se pliait difficilement à sa nouvelle condition. Impatiente et de se venger, et de recouvrer ^on pouvoir, elle essaya de nouveau les trahisons et les meurtres, ressources familières à son génie. Rigonthe était toujours à Toulouse, dépouillée, délaissée, attendant lé sort qui lui serait imposé. Ce fut le prétexte dont la reine couvrit son premier dessein. Cuppan, l'un de ses serviteurs, la quitta subitement, et partit, en apparence chargé d'aller vers Rigonthe et de la ramener à sa mère. Mais l'ordre véritable était de chercher Gondovald, d'avoir, un entretien secret avec lui, de lui prodiguer les promesses, de lui offrir l'amitié de Frédegonde, de l'exciter à marcher rapidement sur Paris. Heureusenient il était trop tard. Il survint presque aussitôt des événemens décisifs qui rendirent l'exécution de ce projet impossible. Cuppan n'eut plus d'autre soin que de retirer Rigonthe de letat d'humiliation où Tavàit réduite le duc Didier.
Frédegonde alors tourna sa fureiu* contre Brune-
(i) il ordonna à la reine Frédegonde de se retirer dans le domaine de Rueil. (Grégoire de Tours, liv. 7.)