‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 143 sur 196 · LIVRE V (S84.&8S · texte numérisé non relu

LIVRE V (S84.&8S

haulu Elle avait un clerc auprès d^elle qui ne manquait ni d'assùratice ni d'adresse; elle appela ce clerc et lui dit: a Va à Metz; fais de grandes plaintes de moi; » dis que tu fuis les mauvais traitemens dont je te me- » nace; trompe et séduis Brunehault; sollicite son » intérêt et sa conGance; et quand tu te seras introduit » et établi auprès d^ellè, saisis lé moment favor9ble et » délivre-moi de mon ennemie. » Le clerc accepta et partit. On lé crut d^abord, et ses premiers artifices eurent du succès. Mais Brunehault n'était dépourvue ni de pénétration ni de vigilance. Il lui vint bientôt des soupçons ; puis elle eut des indices et presque des preuves. On saisit le clerc ; on le flagella; il avoua tout. Brunehault cependant ne voulut pas quMl périt. Elle le renvoya dédaigneusement à celle qui le lui avait envoyé. Mais quand elle l'eut en son pouvoir, Frédegonde, infligeant ait mauvais succès du crime le salaire que le crime n'avait pas ï*eçu, fit cruellement mutiler ce misérable : on lui coupa les pieds et les mains. Peut-être ne prétendait-elle que se justifier ellemême par cet odieux traitement, et éloigner d'elle les reproches de complicité dont on l'accablait.

Aprè^ ce crime encore d'autres crimes. Leuvigild venait de faire massacrer son fils. Contran se ressouvint enfin de ses anciens engàgemens avec ce malheureux prince, et ne pouvant plus éviter sa perte, il voulut au moins la venger. Son armée eut ordre de se préparer à la guerre. Bientôt on apprit que Frédegonde, se préparant elle-même à profiter des embarras que cette entreprise pourrait susciter, entretenait de I. 26

secrètes liaisons avec Leuvigild. On surprit des lettres de ce prince où il lui disait : « Ne néglige rien pour » arrêter la marche de Farmée. Fais que BrunehauU » et son fils périssent. Ensuite tu apaiseras Gon- »> tran avec des trésors. Si largent te manque^ je » t'en ferai parvenir. »

Ces desseins étaient en effet ceux de Frédegonde. Elle avait fait forger deux couteaux de fer, où Pouvrier avait eu ordre d'empreindre de larges et profondes lignes. C'est qu'elle les voulait tremper de poison, et qu'elle pensait que dans ces lames creusées il pénétrerait et se conserverait plus facilement. Ses préparatifs achevés^ elle remit les couteaux à deux jeunes clercs, et leur dit : « Vous irez; vous prendrez » des habits de mendiant ; vous vous approcherez de » Childebert en lui demandant son aumône, et peh- » dant qu'il vous la donnera vous le frapperez. Si les » gardes qui sont autour de lui vous repoussent , au » moins tuez BrunehauU. Je vous réserve un riche sa- » laire. Si vous périssez , je comblerai de biens vos » familles. C'est par les périls et par le mépris de la » mort que les hommes décourage s'élèvent au-dessus » des autres. C'est comme la noblesse s'obtient, et » la richesse s'acquiert. » Les pauvres clercs hésitaient, et se montraient moins frappés des récompenses promises que des obstacles qu'il leur faudrait vaincre. Mais Frédegonde leur fit goûter d'un breuvage qui les retira promptement de cette faiblesse. Ils promirent tout et partirent. Comme ils partaient, la leine , outre les poignards , leur donna un vase plein

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