‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 144 sur 196 · LIVRE V (584-S8Ô · texte numérisé non relu

LIVRE V (584-S8Ô

de son breuvage. « Ayez soin d^en boire, ajoula-l-elle, » quand vous devrez exécuter ce que j'ordonne. Il » vous donnera plus de force et de confiance. 11 vous n aidera au succès, et à votre sûreté. »

Ils allèrent donc; mais parvenus à Soissons, le duc Raiichingue , à qui le commandement de cette ville avait été remis par Contran , sur quelques soupçons que lui inspira leur venue, les fit arrêter, questionner et retenir dans une prison. Quelques jours passèrent. Frédegonde, inquiète et n^apprenant rien, fit partir un autre de ses serviteurs, afin qu'il s'enquît de ce qui serait arrivé* Comme il suivait le même chemin qu'avaient pris les clercs, il eut bientôt découvert leur triste et dangereuse aventure. Son mauvais sort fit qu'il eut le désir de les voir et de leur parler. Il l'essaya donc ; mais avec un fâcheux succès, car il fut surpris par les gardes, qui se saisirent de lui et le chargèrent de liens. Rauchingue, h qui les deux clercs avaient déjà fait de graves révélations, jugea que ce nouvel incident en augmentait la gravité et la vraisemblance. C'est pourquoi, sans plus hésiter, il fit conduire ces trois misérables devant le roi Childebert. Eux, quand ils furent interrogés par le juge, ils confessèrent leur crime, et dirent la part qu'y avait eue Frédegonde. On n'usa pas de clémence cette fois : ih moururent dtms de trop justes tourmens.

Frédegonde avait tour à tour menacé la vie de Brunehault et de Childebert ; c'est maintenant celle de Contran qu'elle attaque. Des envoyés allèrent par son

ordre vers ce prince, sous le prétexte de quelque af-

(aire qui louchait aux intérêts de son Gis. Les lettres remises, et là réponse reçue par les envoyés, il ne restait plus à ceux-ci que de retourner vers la reine. On les crut partis ; ils ne l'étaient point. Le lendemain, le roi se rendant à Téglise pour assister aux matines, on aperçut, à la lueur des flambeaux de cire qu il faisait porter devant lui, un homme caché au coin de la porte, et que le sommeil y avait surpris. En ap^ prochant davantage, on reconnut qu'il était armé ; il avait une lance et une épée. Cette rencontre étonna le roi ; il trouva étrange qu'un homme armé eût passé la nuit en ce lieu. Il lui supposa dies desseins coupables et le fît saisir. Ses soupçons se verifi^ent. L'homme ayant été ^oumis k la torture, avoua bientôt qu'il avait été chargé de tuer le roi ; et quand <m lui eut demandé par qui, il nomma les envoyés de Frédegonde. On les chercha donc, et on les trouva encore dans la ville. C'était une assez fâcheuse circonstance pour eux. Cependant, comme ils niaient avec beaucoup de persévérance, et que le témoignage isolé qui les accusait n'était pas exempt de suspicion, Contran se contenta de les exiler. Mais on demeura convaincu de leur trahison , et qu'elle avait été préparée par Frédegonde(i).

Chlotaire cependant n était pas encore baptisé. Ses gouverneurs, d'accord cette fois avec Frédegonde, avaient demandé à Contran de le présenter lui-même au baptême. Contran avait accordé leur demande.

(i) Grég. de Tours, liv. 8, in fine.

Mais chaque fois qu'il s'était agi de rexéculer, Frédegonde et les gouverneurs avaient soulevé des obstacles et proposé des délais. 11 semblerait qu'îts étaient en défiance de Contran, et qu'ils avaient peur qu'il ne s'emparât de la personne du jeune prince. Lassé enfin de ces retards et. de leurs prétextes, Contran ayant assigné le jour du baptême , quitta Châlons et vint à Paris. Mais il n'y trouva ni les gouverneurs, ni le jeune roi , ni la reine. Il ne se pouvait guère qu'il ne fût pas offensé de cette conduite. Il assembla donc les grands et leur dit : ce Mon frère Chilpéric a laissé un fils. Ses » gouverneurs et sa mère m'oùt prié de le venij* pré- » senter au saint baptême ; j'y ai consenti. Le jour fuX » d'abord pour la nativité du Seigneur; ils ne vinrent » point. Le jour fut ensuite pour la solennité de la » Pâque ; ils ne vinrent pas davantage. Enfin, j'indi- » quai la fête de saint Jean ; la voilà venue, et ils per- » sistent à ne point venir. Que dois-je penser d'une » telle obstination? Pourquoi me cache-t-on cet en- 1^^ fant? Est-il en effet né de mon frère? Je n'en dou- » tais point; aujourd'hui , j'en doute. Le soin qu'on » affecte de l'éloigner de moi ne justifie que trop « mes soupçons. Entendez donc que je cesse dès à i> présent de le reconnaître, et que j'attendrai qu'on » m'ait solennellement prouvé et ceitifié sa nais- . » sance. »

La résolution de Contran était décisive. Frédegonde en fut troublée et comprit qu il ne la fallait pas éluder. Elle se hâta. Trois évêques et trois cents des plus considérables serviteurs de Chilpéric furent in-

lerroges sur la naissance de Chlotaire. Tous firent serment qu'il était né du roi de Soissons (1). Gonlran alors s'apaisa et cessa de désavouer son neveu.

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