‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 145 sur 196 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

GONDOVALD (2). (584-585.)

Un étrange événement éclatait , grave, inattendu, menaçant. Tout pourra, suivant le succès, être changé et confondu dans les trois royaumes. Peut-être la supériorité qu'affecte Contran va-t-elle se jpèrdre ; peutêtre les partages faits après là mort de Chlotaire et de Charibert vont-ils s'annuler; peut-être un nouveau royaume va-t-il s'établir.

On sait quelles mœurs avait Chlotaire I*'. Une femme dont on ignore le nom , la condition et la vie, lui donna un fils. Mais bientôt il les éloigna de lui l'un et l'autre. Quelle fut la cause de cette disgrâce ? On l'attribue à des soupçons inspirés par l'imprudente conduite de la mère.

Toutefois, l'enfant continua de porter la chevelure flottante, signe et prérogative de sa naissance. On cul-

(i) Sacramenta dederunt hune à Chilperico generatum fuisse. (Grégoire de Tours).

(i) Gundovaldus . C'est le nom que lui donne toujours Grégoire.

LIVKE V (584-585). 407

tiva son esprit; on lui enseigna les iellres ; on lui donna une éducation qui semblait être un nouveau témoignage de son rang.

Le roi de Paris , Childebert , n'avait point de fils. Quelques années écoulées , la mère conduisit Fenfant vers ce prince : « Voilà ton neveu , lui dit-elle. Son o père a conçu pour lui une injuste haine. Reçois-le ; » il est de ta chair. » L'exemple de Théodoric fait foi que la naissance de l'enfant , quoique illégitime , n'était .point un obstacle aux droits que sa mère voulait lui attribuer ou lui conserver. Il suffisait qu'il fût du sang deChlovis. Childebert donc l'accepta, et le retînt près de lui.

Chlotaire s'en offensa. Il aspirait lui-même à la succession du roi de Paris, et avait d'ailleurs d'autres fils dont il prétendait qu'elle devint ajH'ès lui le partage. C'est pourquoi il envoya des messagers à son frère, demandant avec insistance que l'enfant fût mis en ses mains. Si l'enfantétait en effet de Chlotaire, Childebert n'avait pas le droit de le refuser; s'il n'était pas de Chlotaire, Childebert n'avait plus de motifs pour le retenir. Ce roi donc céda, et l'enfant fut ramené à Soissons. Aussitôt Chlotaire lui fit couper sa chevelure, et nia publiquement qu'il fût né de lui.

Childebert mourut ; après lui , Chlotaire. Le partage fait entre les fils de ce dernier prince, Charibert, devenu roi de Paris , recueillit l'enfant , l'avpua pour son frère, et permit quon laissât de nouveau croître ses cheveux. Mais Sigebert s'éleva contre la faiblesse du roi de Paris. Peut-êlre avait-on dès-lors quelques

motifs de penser que sa mort n'était pas éloignée, et, comme il n'avait pas de fils , peut-être préparait-on déjà le partage de sa succession. Quoi qu'il en soit y Charibert céda, comme avait fait auparavant Childebert ; Pen&nt fut remis à Sigebert , qui le réclamait ^ et celu'hci, dès qu'il l'eut en sa possession, le dégrada ime seconde fois , lui fit couper une seconde fois les cheveux, et l'envoya à Cologne, où on le gardait fort étroitement.

Mais il parvint à tromper la vigilance de ses gardes. Il s'enfuit en Italie , laissa croître encore sa chevelurç, et se retira auprès de Narsès. Le vieux général lui fit bon accueil, et fournit ainsi un nouveau témoignage en faveur de ses prétentions. -

Gondovald , car c'était le nom qu'il portait , passa cinq années avec Narsès. Pendant ce temps , il se maria et eut deux fils. Mais sa femme mourut et Narsès quitta l'Italie. Il la quitta lui-même et se rendit à Constantinople. L'empereur Justin le reçut avec bienveillance et empressement. Après Justin , Tibère et Maurice le traitèrent avec la même faveur (i). Ils le reconnaissaient fils de roi.

Il s'était formé de profondes haines parmi les grands

(i) jâb imperatoribus vero susceptus benignissimè. (Grégoire dç Tours, liv. 8, cap. 35 )

II est remarquable que Grégoire de Tours n'exprime nulle part sa propre opinion sur la naissance de Gondovald. S'il eût jugé ses prétentions fausses , il Teùt dit. On n*a pas tant de méoagemens pour un imposteur.

Il est vrai qu'il ne dit point qu'elles fussent justes. Mais quand il écriyait, Gondovald avait été vaincu et tué. Gontran avait triomphé et

Page 1