LIVRE V (584-685). 40î
(l'AusIrasie contre Chilpéric et contre Contran. L'obstination de ces princes à retenir d'importantes villes dont ils dépouillaient leur neveu, n'en était peut-être pas la seule cause. Leurs intrigues autour de ce jeune piînce, les divisions qu'ils s'appliquaient à entretenir, les séductions, les corruptions, les traîtres euic-mêmes trahis, les mêmes hommes tour à tour instrument et objet de leurs artifices, cet enchaînement continu dé fraudes générales et de tromperies personnelles dut y contribuer puissamment. Le gouvernement de son côté nourrissait de vifs ressentimens contre Cbtlpéric, pour ses violences; contre Gontran, pour Tintolérable domination à laquelle il s'était constamment efforqé de l'assujettir.
Outre cela, la politique des grands différait singulièrement de celle des princes. Tandis que les princes tendaient toujours à la réunion des royaumes, les grands n'aspiraient qu'à la division. Lorsque ceux d'Austrasie eurent vu la mort des fils de Gontran et des six premiers fils de Chilpéric, la crainte que leur Etat allât se perdre bientôt dans celui deBourgogne et de Paris, les saisit. Us se ressouvinrent alors de Coùdo vald , et prirent la résolution de le rappeler ; soit qu'ils estimassent que cela fût juste , soit qu'ils se pro-
vivait. Od conçoit mieux cet équivoque ménagcmeot poiu un roi vainqueur.
De plus^. après avoir raconté quelques phénomènes qui se montrèrent l'année de l'entreprise de Gondovald, Grégoire ajoute : « Et un grand » nombre d^autrcs prodiges parurent pour annoncer sa mort. » N'est ce point la preuve qu^il voyait autre chose en lui qu'un personnage obscur çt sans importance ?
missent de donna' par lui de tels embarras à Gontraa et à Chilpéric, que ces princes dussent être coDiraints, pour se concilier Childebert , de restitilfer enfin tout ce qu'ils avaient usurpé, soit qu'ils n'eussent pour but, en suscitant ce nouiceau prince, que de prévenir TabolitioD probable et prochaine de leur royaume di'Au^rasie.
Ils envoyèrent donc à Constantinople , et leur envoyé fut rhomme le plus artificieux et le plus perfide 4e ce temps, Gontran-Boson. On dit que, pour déguiser lé véritable motif de son voyage , il feignit un pâerinage de pénitence et d'expiation au Saini-SépulcrCi, Quand ce projet, long-temps débattu, long*temps médité, se réalisa, Chlotaire venait de naître, et Ghilpéric de mourir (1). Ils ne laissèrent pas de poursuivre: rage de Chlotaire ne permettait pas de xcir en ce prince une bien infaillible assurance contre la réunion des royaumes ; c'était d'aillenrs un nouveau ressort pour l'ambition de Contran , et un nouveau désavantage pour l'Austrasie.
Arrivé à Constantinople , Gontran-Boson n'épargna rien pour déterminer Gondovald à retourner en France. « Viens, lui dit-il ; Chilpéric est mort, Gon-
(i) Le p. Daniel, M. Boaamy, etc., croient cet événement antérieur H la mort de Chilpéric. Mais on voit par le discours que Gondovald adressa aux soldats de Lcudégésile que Chilpéric était déjà mort quand Gontran-Boson alla à Constantinople. (Grég-. de Tours, livre7). O" ^oit aussi, par le langage des ambassadeurs de Gondovald au roi de Boui*go> gne, qu'il était arrivé dernièrement d'Orient. (Eodem.)
Ces textes sont si positifs que je n'ai pas cru devoir m'en écarter. Il y a pourtant bien qu^clques difficultés, je l'avotic.