‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 149 sur 196 · LIVRE V (.584-.'î85). 4i · texte numérisé non relu

LIVRE V (.584-.'î85). 4i

placer sous sa direction el sous son abri. Af ais en ce moment , survint le plus étrange et le plus dangereux changement. Ce même hommequi était venu de si loin pour éveiller et retirer Gondovakl de son repos et de son oubli ; cet homme , par qui lui avait été inspiré son dessein et par qui lui avaient été faits tant de sermens , Gontran-Boson enfin , prenant tout-àcoup d'autres pensées, oublie les engagemens contractés f et se déclare ennemi. Quel intérêt nouveau ranimait? Pourquoi se séparer des grands d'Anstrasie, lui qui les avait si bien secondés? Pourquoi servir avec tant d'ardeur le roi de Boulogne , qui n^appelait ni n'avouait ses services? Ne voulait-il que désarmer les ressehtimens de ce prince? Quelque injure récemment reçue en Austrasie lui inspirait-elle à lui-même desressentimens? S'offensait-^l que Gondovald se confiât à Mummole , et que la direction de l'entreprise passât dans ses mains ? Etait-ce lâcheté , rivalité , cupidité , vengeance? On ne sait. Seulement on raconte qu'à peine Gondovald fut-il sorti de Marseille, Gontran-Boson fit saisir les évêques Théodore et Ëpiphane et les fit conduire en Bourgogne. J'ai déjà dit de quelle accusation il les chargea. En même temps , il se jeta sur ce qui était resté des trésors de Gondovald dans la ville ; il les partagea avec un autre duc qui était de la cour du roi Gontran , et s'en alla précipitamment en Auvergne , pour y mettre à couvert l'immense quantité d'or et d'argent qu'il s'était attribuée dans ce partage.

Quand Théodore fut devant G'ontran, il se justifia

aisémept et en peu de mots : « Roi , lui dit-il « j'ai fait » ce que je derais : j'ai obéi. Lis cette lettre; elle est » signée de la main des grands du roi Childebert* Ils B sont nos seigneurs; il ne nous est pas permis de » résister à ce qu'ils prescrivent. » Néanmoins Goiitran ne délivra pas les évèques , et celui de Fréjus mourut avant que sa captivité eût pris fin.

Bientôt Gontran-Boson eut son tour. Comme il revenait de TAuvergne , le roi de Bourgogne le fit surprendre et enlever eu chemin. « Traître , lui dit- » il , c'est toi qui as excité Gondovald; c'e^t pour ce » dessein que tu étais allé à Constantinople. — Ce » n'est pas moi , répondit Contran ; c'est Munomole. » C'est lui qui l'a appelé, et qui l'a reçu dans sa ville. 0 Permets que je t'amène Mummole ; tu l'entendras , to et je serai disculpé. — Je ne le permettrai pas , ré- » pliqua le roi ; il te faut subir la peine de ton crime. » Jugeant que le roi avait résolu sa mort, Contran reprit aussitôt , disant : « Voici mon fils; tu le retien- » dras. Si je ne t'amène pas Mummoie, tu te vengeras » sur moi ; si je ne reviens pas moi-même , tu te ven- D géras sur mon fils. » L'espérance d'avoir Mummole en son pouvoir tenta la haine du roi. Il accepta Toffre, se saisit de l'otage, et autorisa l'expédition.

Le duc aussitôt assemblant des troupes dans l'Auvergne et dans le Velay , les mena contre Avignon. Mais Mummole qui était averti de ses desseins , lui avait préparé des pièges pour se garantir de ceux qu'il venait lui tendre. Il fit d'abord sortir Gondovald de la ville, et l'envoya dans une île de la mer de Pro-

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