‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 151 sur 196 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Poursuivant sa marche , il soumit toutes les çit^s de cette province, et se dirigea ensuite vers Poitiers. Le moinent était favorable; car c'était celui de la dernière révolte de cette ville. Mais il n'y parvint pas assez tôt : l'armée de Bourgogne l'avait déjà devancé. Alors, il tourna vers Angouléme, qui se soumit promptement; vers Périgueux, dont l'évêque essaya quelque résistance ; vers Bordeaux, où l'évêque Bertrand raccueillit avec de grands témoignages de zèle ; enfin vers Toulouse. Quand l'évêque Magnulf sut qu'il approchait, il assembla les habitans et leur dit : « ]N ous » savons que Childebert et Contran sont rois ; nous » ne savons point que celui-ci le soit devenu. N'allez » donc pas vous donner à lui. Si Didier veut attirer » sur nous cette calamité, qu'il périsse, et que sa mort » serve d'avertissement et d'exemple , afin qu'aucun » étranger ne soit désormais assez téméraire pour en- » treprendre de violer le trône des Francs. » Les habitans, persuadés parles conseils de l'évêque, se préparèrent d^abordà la résistance; mais, à la vue de l'armée., ils désespérèrent du succès et changèrent. Gondovald donc entra dans leur ville^ et Magnulf, : qui, persistant à s'élever contre lui, osa prononcer, ^ assis à sa table, d'audacieuses et offensantes paroles, . fut à l'instant chargé de liens , condamné à l'exil, et dépouillé de tous les biens qu'il avait.

Les difficultés étaient grandes pour le roi Contran. . D'un côté, la révolte du Poitou et la fidélité chance^-, lante de la Touraine; de l'autre, les menaces de guerre qui lui venaient de l'Ailstrasie; de l'autre, Leu-

vigild el les Wisigolhs ; de Taulre , Frédegonde j de l^aulre enfin, Gondovald. Ce fut pourquoi il différa si long-temps d^envoyer des troupes contre ce dernier. Il ne voulait pas laissçr derrière elles le Poitou en armes ; la Touraine prête à les reprendre ; TAustrasie impatiente, et qui n'attendait que ToccasioD. Mats après que Goâdovald, trop lent et trop indécis, eut échoué dans la tentative de qui dépendait le succès entier de son entreprise, et que, pour être venu trop tard secourir Poitiers, il eut laissé cette ville retomber au pouvoir du roi de Bourgogne , ce prince, moins ôie-. nacé et moins inquiet, se détermina enfin à mettre en mouvement son armée. Elle partit de Poitiers sous le commandement de Leudégésile, et s'avança lentement jusqu'au rivage de la Dordogne, où elle campa.

Contran, d'ailleurs, prenait en même temps d'autres résolutions plus efficaces encore et plus décisives. Gondovald avait envoyé à ses partisans d'Austrasie et de Bourgogne, deux clercs avec des dépêches. L'un d'eux, abbé de Cahors, fut surpris par les soldats de Gontran. Ses lettres , qu'il avait cachées et scellées dans des tablettes creuses , furent découvertes, et le roi sut par elles d'importans secrets. Outre cela, Gondovald liiî avait envoyé à lui-même deux ambassadeurs , Zotane et Zabulf , pour l'exhorter à reconnaître ses droits. Ils portaient bien avec eux de ces baguettes consacrées qui, selon l'usage des Francs, leur devaient être une inviolable sauvegarde. Mais • d'imprudentes indiscrétions les firent arrêter en chemin, et ils arrivèrent devant Gontran déjà captifs et

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