LIVRE V (r)84.oS
chargés de chaînes. Ils ne laissèrent pas dé remplir leur commission. « Gondoyald, dirent-ils, est récein- » ment venu d'Orient; il affirme. que c'est lé roi » Chlotaire qui l'a engendré ; les plus bravés de par- » delà la Dordogne sont avec lui. Il te demande sa » part du royaume. Si tu refuses, il la viendra pi^en- » dre, et il dit ainsi : quand! nous serons au champ de » bataille, Dieu jugera si je ne suis pas frère de Gon- » tran. » Le roi s'offensa de ce langage, et refusant de reconnaître le caractère dont ils étaient revêtus, il les fit battre de verges, afin de leur arracher, s'il se pouvait, de nouvelles révélations. lien obtint en effet; * car ils annoncèrent que tous les grands d'Âustrasie favorisaient Gondovald, et l'avaient provoqué à prendre le titre de roi. Ils ajoutèrent que c'était Boson, comme le bruit en courait, qui avait sollicité et déterminé son retour en France.
Le roi comprit alors toute l'étendue du péril, et de quelle importance il était de le détourner promptement.Il n'hésita plus : il prit à la source même du mal le remède qu'il y voulait appliquer, et, pour rora- . pre avec plus d'éclat et de certitude la ligue des grands d'Austrasie, il se servit de l'Austrasie même et de son roi. Des envoyés allèrent, par son ordre, proposer à ce jeune prince une conférence avec lui. Childebert consentit et vint h Chàlons; résolution salutaire, et (|ui eut de merveilleux résultats. Gontran fit lire à son neveu les dépêches qu'apportait Tabbé de Cahors ; il fit comparaître devant lui Zabulf et Zotane; il lui découvrit les artifices de ses serviteurs ; il lui raconta
toutes les perfidies dç Févêque de Reims. Dès ce raoïneni, Childebert confondu s'abandonna aux conseils de son oncle, et celui-ci, profitant sans ménagement de sa confiance , lui nomma ceux qu^il devait éloigner de lur et ceux.qu'il pouvait appeler et investir dc^ emplois ; lui demanda Texil de réyéque; exigea de lui qu'il évitât de voir Brunehault, de peur qu'elle ne pénétrât leurs dessins et n'en fit avertir Gondovsdd.
Ces demandes faites et promises , Gonlran en paya généreusement le prix. Il rendit d'abord toutes les villes du roi Sigebert , dont il refusait depuis si longtemps la restitution. Mais il fit bien plus : il convoqua l'assemblée des grands, et en leur présence, ayant mis sa lance dans la main du roi Childehert, il le proclama son héritier et son successeur ; déclarant qu'il déshéritait tous les autres , et que dès ce jour son royaume lui appartenait. Ensuite, il le présenta aui^ soldats, et dit : a Voyez que mon fils Ghildeberl est homme ; ne » l'allez donc pas mépriser comme un faible enfant : » préservez-vous des malicieuses croyances que l'on . » vous suggère j c'est lui qui est votre roi. »
L'influence de celte action fut prodigieuse. Tout changea subitement en Austrasie : tous les esprits furent à Contran. Donnant beaucoup, il avait gagné encore plus : il commandait aussi absolument (1) dans le palais de son neveu que dans le sien..
(i) « P^ons avons promis à Gontran de lie traiter aucune grande affaire » sans en prendre son avis.» Réponse de GHildebert aux envoyés ds Rëcarèdc. (Grégoire de Tours, liv. 9).