‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 153 sur 196 · LIVRE V (Ô84-^Ô · texte numérisé non relu

LIVRE V (Ô84-^Ô

Ayant ainsi conjuré les événemens , ôtc à Gondo^ vald ses plus favorables auxiliaires, acquis rassurance que, pendant qu'il serait engage à sa poursuite, les troupes austrasiennes ne le viendraient point assail*lir, cessant enfin d'arrêter ou deraleiitir la marche de sQn armée , il n'eut plus d'autre désir que d'en précipita' les succès. EUe traversa donq la Dôr dogue, que Gondovald ne défendit point. Ensuite elle remonta là Garonne jusque vers Agen; p^ssa à ta nage, atteignit quelques bagages et quelques chevaux ^ mais ne put gagner rien de plus. L'ennemi se retirait toujours d^*vaut elle , et semblait avoir des desseins- qui l'enga* geaient à différer le combat.

Gontran en fut effrayé. Il craignit que Gondovald ne reculât jusqu'à la frontière espagnole , et ne ménageât son armée pour la réunir à celle dû roi JLeuvigild. Voulant donc l'en dissuadet*,* il essaya d'un artifice grossier et dont il ne recueillit aucun fruit. Il lui fît remettre des lettres , où Brunehault, qui semblait les avoir écrites, lui ieonseillait de temporiser, de cpn^ gédier la plus grande partie de son armée, de retourner à Bordeaux , de s'y enfermer, de- s'y défendre, et de laisser venir de plus favorables conjonctures qui ne tarderaient pas. Gondovald ne se laissa point abu-. * ser. Il ne rentra point à Bordeaux, où il eût été trop facile de Fenvelopper et d'interrompre toutes ses communications. Mais il n'alla pas non plus en Espagne , craignant d'être abandonné, s'il abandonnait lui-même ces riches et populeuses provinces qui s'étaient livrées à lui. Déjà le duc Didier venait de donner l'exemple

(le ces désertions ; exemple Funeste, et qui ne pouvait ' inanquer d^avoir des imitateurs.

Gondovald se retira à Comminges (I). L'armée de Bourgogne, le suivant toujours, prit en chemin Sainte Vincent, le pilla, lebràla, commit partout d'horribles ravages, et arriva enfin devant la ville où s'était arrêté rennemi. Comminges était une cité foile, assise au sommet d'une montagne isolée, et dont aucune autre montagne n'était voisine. On y avait fait des apprpvi^ sionnemens si considérables, qu'il eût été facile de s'y défendre pendant des années. L'eau elle-même n'y pouvait manquer. Du pied de la montagne sortait une source qui ne tarissait jamais. De hautes et fortes murailles l'avaient mise à l'abri de toute attaque, et l'on y descendait de la ville par une voie souterraine , ouverte dans l'intérieur même du roc. Pour ajouter encore à ces précautions et à ces ressources, oh avait mis hors de la ville tous ses habitans.

Pendant que Leudégésile établissait sou camp et préparait les attaques , ses soldats, montant à Tenvî sur les crêtes les plus élevées de la montagne, provoquaient assidûment Gondovald et l'accablaient de leurs outrages. « Qui es-tu? lui demandaient-ils. D'où viens- ' D tu; qui t'a appelé? N'es-lu point celui qu'on avait D nommé Ballomer ; qui passais ta vie à peindre les i» voûtes et les parvis des églises ; qui fus tant de fois » exilé et privé de ta chevelure par les rois des Francs ? » Qui t'a donné la hardiesse de violer les frontières

. (i) JLugdunum Coriuerutrum. ■

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