‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 154 sur 196 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

» de leur royaume? Voici ta mort qui s'apprête ; voici » ta fosse qui s'ouvre et où lu vas le précipiter. »

Gondovald ne se montrait point irrité de leurs injures. Il venait au contraire sur le rempart, et se flattant de leur inspirer des sentimens moins défavorables, il leur contait avec bienveillance et simplicité son ori- (jine, ses droits, ses malheurs: « Que son père avait » en effet conçu de la haine pour lui; qu'à leur tour «. quelques-uns de ses frères l'avaient repoussé; mais » qu'on interrogeât Radegonde à Poitiers, Ingeltrude x> à Tours ; que les pieuses reines savaient la vérité et » ne craindraient pas de la dire; que Narsès n'avait » point hésité à lui donner asile en Italie ; que les em- » pereurs de Constantinople l'avaient comblé de biens » et d'honneurs ; qu'il n'était venu que parce que les » grands du royaume de Childebiert lavaient appelé ; » que si leur aversion pour lui était si profonde , ils » le conduisissent au moins vers son frère qui ne » pourrait, en le voyant , refuser de le reconnaître ; » ou, s'ils ne voulaient pas même consentir h cette » épreuve , qu'ils le laissassent retourner dans Theu- » reux pays où il vivait si paisible , et d'où Boson » ne l'avait pu faire sortir qu'à force de trahisons et » de parjures. »

Le quinzième jour, ses préparatifs étant achevés , Leudégésile tenta une attaque sérieuse. Ses soldats, couverts par de fortes claies , menèrent les béliers jusques au pied des remparts. Mais ils ne purent ni les ouvrir, ni les ébranler. De tous côtés tçmbaient sur eux l'huile et la poix enflammées , des nuées de

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tuaits et de pierres , de longues el pesantes poutres armées de Fer. En vain prolongèrent-ils le combat. Lé seul fruit qu'ils en- recueillirent fut de rendre leurs pertes plus fortes et leur défaite moins douteuse. Enfin, la nuit venue, ils s'avouèrent vaincus et se retirèrent. Ce fut un éélâtant succès pour Gondovald, mais stérile,, et qui fut comme effacé dès le même jour par une fâcbeuto défection. L'armée de Bourgogne était très-nombreuse et très-animée ; on n'avait plus l'appui de FAustrasie ; Didier avait déjà révélé el augmenté la faiblesse de ce parti en l'abandonnant. Bladàste, prévoyant aussi sa ruine, résolut à son tour de s'en détacher. Le soir du combat , pendant que la ville joyeuse célébrait tumultueusement son triomphe, il mit le feu à la maison de l'évéque. La foule accourut; tout ce qu'il y avait de soldats se précipita sur ce point pour arrêter l'incendie; et lui, au plus fort du désordre, gagnant furtivement la porte opposée de la ville, il s'enfuit dans le camp de Leudégésile. ; Dès le lendemain, l'attaque fut renouvelée. A l'orient de la ville , les remparts semblaient moins forts et moins élevés. Mais un fossé large et profond les couvrait et en rendait l'accès difficile. Les Bourguignons , leur résolution prise de porter de ce côté leur effort , y amenèrent d'énormes tas de fascines et essayèrent de niveler le fossé. Ils combattirent avec beaucoup de vaillance ; tout ce que l'impatience du succès leur put suggérer de plus industrieux et de plus hardi, ils le tentèrent. Cependant il fallut encore céder. La défense ne fut ni moins habile ni moins

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