LIVRE V
opiniâtre que l'atlaque. Une seconde fois GondoYald fut victorieux. ..
Quand il eut fait cette double épreuve de la force, Leudégésile Payant jugée impuissapte , entreprit d'y suppléer par la trahison. Il envoya en secret des émissaires à Mummôle , qui lui dirent. : « Pourquoi » t'es-tu séparé de ton seigneur? Quelle espérance » t'attache à un inconnu? Voilà que ta femme et tqs » enfans sont déjà en captivité. Peut-être que Gon- » tran va ordonner la mort de tes fils.. Renonce à » cette entreprise insensée ; quel autre moyen as-tu » de prévenir ta ruine ?» Ce langage ébranla Mummôle. a Allez , leur dit-il ; il se peut que notre puis- » sance soit à son déclin : rapportez-moi de sincères » garanties pour ma sûreté, et peut-être vous épar- » gnerai-je de lotigs travaux. ». ,
Mummole, cet entretien terminé, en confia le se-
cret à Févéque de Gap, à Waddon, et à Chariulf , autre personnage important et riche, que leur exemple avait entraîné, et qui s'était attaché comme eux à la douteuse fortune deGondovald. Ils délibérèrent, et déjà tombés dans le plus honteux découragement , ils furent promptement d'accord d'accepter l'occasion de salut qui s'offrait à eux. A l'instant même ils se. rendirent à l'église, et, la main sur l'autel, ils se firent serment l'un à l'autre de rester unis dans une trahison commune , et de traiter ensemble de leur vie , au prix de la liberté de Gondovald.
Les émissaires revinrent , et la convention se. conclut : on convint que les quatre chefs livreraient
4?8 HISTOIRE DES FHiVNCS.
Gondovald à Leud^ésile, et que celui- ci à son tour, si le roi Contran refusait leur grâce , les conduirait dans un saint asile où nul n^osât attenter à leur sûreté. On confirma par des sermens cette doublé promesse , et l'on en commença aussitôt Texécution. L'évéque, Mummole et Waddon, allèrent vers Gondovald et lui dirent : « Tu sais quelle 'fidélité nous » t'avons gardée ; écoute* maintenant notre conseil : » tu as souvent demandé d'être conduit à ton frère ; » le temps* est venu. Nous avons parlé à des servi- » teurs de Leudégésile ; ils disent que -Gontrao ne » veut point ta perte, parce qu'il n'est resté que peu » de rejetons de sa race. Sors donc de la ville ; tu ne » rencontreras point de périls. » Gondovald comprit leur pensée. « Qui m'a tiré de ma retraite? leur de- » manda-t-il. De qui ai-je écouté les conseils? Par © qui voulais-je régner? C'est en vous, après Dieu, » que j'avais mis mon espérance. Si vous m'avez » trompé, Dieu vous en demandera compté , et son » jugement sera contre vous. » — « Notre bouche, » répondit Mummole, n'a point proféré le mensonge. » Viens, les hommes de Leud^ésile t'attendent. » Sois sans crainte; quitte cependant ce baudrier » d'or, dont la vue les ofi'enserait. »
Ils sortirent donc, et à la porte de la ville ils trouvèrent Gontran-Boson et Ollon, comte de Bourges, qui étaient venus pour recevoir Gondovald. Us le leur livrèrent. Et lui, quand il se vit au pouvoir de ses ennemis, attestant Dieu et levant ses mains vers le ciel : a Juge des hommes, s'écria-t-il, toi qiii n'es que