LIVRE V
de troupes pour préserver ses frontières et arrêter les progrès des Goths. Mais celte fois , il n'eut garde d'employer le duc Agilan. Ce fut Leud^ésile qui le remplaça. Nicet plus favorisé, et apparemment moins coupable, conserva seul son commandement.
Récarède s'était d'abord renfermé dans les murs de Nîmes. Ensuite il était allé à Narbonne, et partant subitement de ce lieu , il avait fait une heureuse et profitable incursion sur les terres du roi de Bour-> gogne. Son père cependant souhaitait la paix et ne se lassait pas de la demander. Ses ambassadeurs se succédaient presque sans interruption auprès de Contran. Mais ce prince n'estimait pas qu'il fût de sa gloire de poser les armes après des défaites, et bien loin de renoncer à la guerre, il la reprit avec une nouvelle fureur. Il avait récemment fait gi*âce au duc Didier. Bien qu'il y eût d'abord de la répugnance , Tabbé Arédius et quelques évèques le sollicitant , il avait cédé. Ce duc avait acquis de la réputation a la guerre. Le roi faisant taire les souvenirs de sa trahison, se détermina à l'envoyer contre les Coths. Didier donc leva des troupes dans le territoire de Toulouse, et renouvelant l'expédition où Terentiolus avait si misérablement succombé , il marcha contre Carcassonne. Les Goths allèrent au- devant de lui; il les combattit et les mit en fuite. Voulant tirer profit de cette victoire, il courut lui-même et précipitamment vers la ville, ne doutant point qu'elle ne se soumit sans résistance s'il ariûvait avant qu'elle eût pu se remettre de sa première épouvante. Il arriva en effet, mais
suivi d'un très-pelil nombre des siens. Leurs chevaux épuisés par la fatigue du combat n'avaient pu poursuivre. Ceux de la ville voyant une si faible troupe à leurs portes , au lieu de se décourager s'enhardirent. Ils sortirent nombreux et détermines ; ils enveloppèrent et assaillirent le duc. En peii d'instans, et le duc lui-même et tous ceux qui étaient avec lui succombèrent. Les Francs efTrayés^ malgré le succès du premier combat, n'allèrent pas plus avaul^et retournèrent sur leur territoire. Etrange fin et bizarre ressemblance des deux expéditions.
Sur ces entrefaites , Leuvigild mourut et Récarèdc occupa le trône. Quoique né d'une autre mère , le jeune roi ne laissa pas de rechercher Taffection et les conseils de Gonsuinthe. Elle pouvait devenir son ennemie ; il sut s'en taire un appui. Toutefois, l'influence de cette reipe n'alla point jusqu'à détourner Récarède de ses desseins religieux. L'arianisme s'éteignait en Espagne; Leuvigild avait fait d'inutiles efforts pour le préserver. Ses efforts eux-mêmes en avaient précipite la ruine ; le meurtre d'Herménégild , qui devait l'affermir, le perdait. A peine établi, Récarède convoqua à Tolède les évêques des deux communions. Des conférences s'ouvrirent, et quand on eut long-temps disputé, le roi découvrant enfin sa résolution, se déclara catholique, confessa la Trinité, et reçut l'onction du saint chrême. Les peuples d'Espagne suivirent promptement son exemple. Ceux de Septimanie y furent à leur tour exhortés et entraînés par les messagers qu'il leur envoya. Ensuite l'abjuration étant