‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 170 sur 196 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

duc , effrayé , se jeia aussitôt dans la cathédrale de Verdun, et implora la protection de Tévêque. Elle ne pouvait manquer d'être puissante, car Ageric, c'était le nom de l'évêque, avait présenté Childebert au baptême, et avait sur lui tous les droits que donnait alors cette paternité spirituelle. Le roi donc, fléchi par Tintercessiôn d'Agéric, suspendit Tordre de mort, et dit : « Qu'il vienne ; qu'il donne caution ; qu'il aille ensuite » vers Gontran : ce que Contran décidera, je l'accora- » plirai. » Le duc se soumit. On le conduisit à Childebert sans armes et les mains liées. Se prosternant aussitôt aux pieds du roi, il lui dit : « J'ai failli envers » toi et envers ta mère ; j'ai méprisé ses ordres et les » tiens ; je me suis élevé contre vous et contre vôtre u royaume : je suis criminel ; fais-moi grâce. » Childebert le releva, et s'adressant à l'évêque : « Je le mets, » dit-il, en ta puissance et en ta garde; tu répondras de » lui jusqu'à ce qu'il se soit présenté au roi Gontran. » On en était à ce point quand de nouvelles trahisons se tramant, le roi de Bourgogne appela précipitamment à lui son neveu. Celui-ci ne différa point et vint a Andiaw. Sa mère , sa femme et sa sœur étaient avec lui. Avec lui étaient aussi Magneric, évêque de Trêves, et Gontran-Boson. Les deux rois délibérèrent sur le sort du duc, et le jugèrent digne de mort. Lui, dès qu'il en fut informé , se réfugia dans là mai^n de Magneric , et tenant à la main son épée nue , il dit à l'évêque : « Tu es en grand honneur auprès deà deux » rois ; tu as présenté l'aîné des fils de Childebert an » baptême ; ils ne refuseront rien à tes prières. Ob-

ih2 HISTOIRE DES FRANCS.

» iienls d^eax ma vie , ou lu mourras de ma morf « » Vois-tu que ceux qui ont été envoyés pour me frap- B per sont déjà à ta porte ? Si tu ne me garantis pas de » la mort, je te luérai; ensuite je sortirai, et j'irai » mourir. — Laisse-moi donc sortir moi-tnême , ré- » pondit révéque , afin que j'aille implorer la miséri- » corde des rois. — Ne l'espère point, reprit le due; h| envoie tes vicaires. » Ceux-ci allèrent en effet; m'ais ie roi irrité leur 4it : « Si levêque ne veut. pas sortir » de sa maison, qu'il périsse et partagé le sort du mi- » sérable auteur de ces trahisons. » Magneric envoya une seconde fois vers Contran ; mais le prince toujours inflexible : « Mettez le feu, cria-t-il, et si Févê- » que s'obstine, qu'il brûle avec lui. »

Cet ordre s'exécuta ; toutefois les clercs, brisant les portes de la maison , réussirent à en arracher Magneric. Alors le duc^ les flammes l'enveloppant et faisant des progrès rapides, ceignit courageusement son épée et s'élança au dehors. Mais au moment qu'il touchait le seuil, une flèche lancée de loin le frappa au front. Saisi d'un subit étourdissement, il s'arrêta tout-à-coup et demeura immobile. Tout aussitôt entouré, assailli, percé de coups , il mourut. On dit que son corps ne put tomber sur la terre et resta debout, soutenu par le bois des lances qui s'étaient rompues en le frappant. Ce corps mubilé fut exposé dans les champs comme celui d'un vil malfaiteur, et Ton n'obtint qu'à grand'peine de la miséricorde des rois la triste faveur de le recouvrir d'un peu de terre.

Celte sévérité n'était que trop excusée par la jus-

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