LIVRE V (Ô86). 4À
tice; mais elle l'était encore plus par la nécessité d'imposer aux traîtres qui préparaient, en ce moment encore, la subversion des deux royaumes. Wandelin , qui était gouverneur du roi Childebert, et qui avait la principale part au gouvernement, était mort depuis quelques mois. Brunehault, profitant avec habileté de l'événement, s'étak substituée à la placetle ce gou-^ verneur, et exerçait maintenant la même influence. D'un autre côté, quoique Childebert fût encore fort jeune, il était pourtant marié, et sa femme Faileube, qui avait aussi de l'influence, ne s'en servait que pour seconder Brunehault. Elle avait déjà donné deux fils au roi , le premier, du nom de Théodebert ; le second, du nom de Théodoric (1).
Les seigneurs, qui avaient exclus Brunehault pendant l'enfance du roi, se voyant exclus à leur tour, s'irritèrent, et pour recouvrer la puissance qu'ils avaient perdue, ils méditèrent une double révolution. Leurs chefs étaient le duc Rauchingue, l'évéque yËgidîus , puis Ursion et Bertfried , puis Gontran-Boson(2). Frédegonde et les gouverneurs dé Chlotaire les excitaient et les secondaient de tout leur pouvoir. Rauchingue, a la faveur de quelque con^ ention proposée pour la sûreté des frontières des deux royaumes,
(i) C'est te DODi. que lui donnent Grégoire de Tours, Frédegaire, Pasquier et le Traité d'Andlaw.
Daniel, Mézerai, Veily, çtc., lui donnent le nom de Thierry.
(:i) Frédegaire nomme expressément Gontran-Boson. Grégoire de Tours ne le nomme pas , peut-être parce qu'il était déjii mort au nio-^. nient où l'on découvrit la conjuratiou.
s'était librement concerté avec eux. Le projet était arrêté ; les moyens réunis : quelques jours encore, et l'exécution commençait.
On devait tuer Childebert. Comme il y avait ^toi-s près de lui quelques envoyés de Poitiers et de Tours, on détournerait sur eux le soupçon du crime ; oln les ferait promptement périr dans les tourmens ; on se montrerait zélés et inexorables vengeurs du roi« Ensuite on dépouillerait et reléguerait Brunehault ; Rauchingue prendrait le jeune Théodebert et irait |;ouverner, en son nom , la Champagne ; Urston et Bertfried s'empareraient de Théodoric , renverseraient Gontran, et, sous Fabri deleur simulacre de prince, régneraient en effet dans tous les pays qui n'étaient pas attribués à Rauchingue.
La conjuration enveloppait donc la Bourgogne comme TAustrasie. Mais le secret en fut livré à Contran, qui à son tour en avertit Childebert. Les deux princes eurent une entrevue et réglèrent , avec beaucoup de prudence, les mesures qu'exigeait ce nouveau péril. Revenu à Metz, Childebert voulut approfondir encore plus les faits qui lui avaient été révélés ; il en eut bientôt recueilli de nombreuses preuves. Alors il manda Rauchingue, et dès qu'il le sut arrivé, il fit partir en secret des émissaires, chargés de saisir ses biens dans tou;s les lieux où il en avait. Ensuite^ il lui accorda audience, l'entretint qiielque temps de médiocres affaires, et lui donna enfin l'ordre de sortir. Rien n'avait troublé la sécurité de Rauchingue : il sortait donc, lorsque à la porte même de la chambre