LIVRE V
du roi, deux des gardiens le saisirent précipitamment parles jambes et le renversèrent. Au méaie moment des soldats apostés le frappèrent, à coups redoublés, de leur épée.' En peu de temps il fut mort. Aussitôt on le dépouilla; on le jeta ignominieuseoient par la fenêtre, et puis en6n on rensevetit. On lui trouva, dit-on, plus, de richesses qu^on n'en eut trouvé dans le trésor même du roi. Sa cupidité était effrénée, et sor» ambition égalait sa cupidité. 11 essayait même depuis quelque lemps, comme Gondovald, dé persuader qu'il était fils de Chlotaii*e.
C'était l'époque marquée pour Texécution du com-^ plot. Ursion et Bertfried s'avançaient déjà avec uno armée, ne doutant point que Rauchingue n'eût tenu sa promesse et que Childebert ne fût mort. Lew étonnement fut profond quand ils surent au contraire que Rauchingue avait été prévenu, et que le roi, qu'il devait tuer, l'avait fait mourir. Néanmoins ils ne dé* sespérèrent pas encore de leur entreprise, et bien loin de disperser leur armée, ils la fortifièrent. Puis, ils allèrent camper au lieu de Yaivres, entre la Alo-^ selle et la Meuse, résolus à résister courageusement si l'on entreprenait de les forcer.
On crut facile, un instant, de les réduire sans combattre. On l'essaya même, et l'on fit quelque effort pour les diviser. Toute la haine de Brunehault se réunissait contre Ursion, son plus ancien ennemi. C'était lui d'ailleurs qui avait conçu et dirigé la conjuration. Bertfried, au contraire, avait l'amitié de Brunehault ; elle avait tenu l'un de ses fils au baptême* La reine
donc envoya vers lui en secret, et lui 6t dire « quM » se séparât d'Ursion ; qu'il pouvait encore, à ce prix, » préserver sa vie; que, s'il diderait, il n'y aurait plus 9 de salut. » Bertfried repoussa généreusement ce conseil. « Je puis être en effet séparé de lui, dit-il ; 9 mais par la mort seulement. »
Childebert, celte espérance perdue, fit marcher contre eux son armée. Godégésile en reçut le commandement. Une roche escarpée dominait le village de Vaivres. Au sommet de la roche, et sur les ruines d'un ancien château, avait été construite une église dédiée h saint Martin. C'était une position difBcUe et que la nature, sans aucun secours du travail des hommes, avait merveilleusement pris soin de fortifier. Bertfîîed et Ursion l'occupèrent. Bientôt God^ésile arriva. Il s'éleva d'abord, non sans obstacle et sans peine, jusques au pied de l'église; mais, parvenu à ce point, il ne pouvait aller plus avant. Les assiégés repoussaient vaillamment toutes ses attaques, et tous ses efforts pour s'ouvrir un passage^ échouaient. Désespérant donc et d'escalader et de renverser les murailles, il se résigna, malgré la sainte destination de l'édifice, a l'attaquer par le feu. Alors, s'engagea un combat terrible. Ursion sortit et fit un effroyable carnage. Tout ce qui tardait Ik fuir tombait et mourait. Trudulf, comte du palais, osa l'attendre ; à peine l'arréta-t-il un instant : il périt. Vingt autres eurent le sort de Trudulf, et reçurent^ comme lui, la mort de sa main. Jamais n'avait éclaté un plus admirable courage. Enfin cependant une flèche vint, qui l'atteignît