‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 174 sur 196 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

roi, eût tué son père, eût opprimé sa mère, eût envahi son royaume : d'avoir usurpé lui-même de nombreuses terres du domaine du roi dans le territoire des villes dont Chilpéric s'était violemment emparé : d'avoir conspiré avec Chilpéric la perte du roi et de sa mère : enfin d'avoir fait, h l'insu du roi, quoique sous son nom , un pacte secret avec Chilpéric pour renverse r Contran et partager son royaume.

iËgidius niait qu'il eût pris part à la conjuration de Rauchingue ; mais on produisait contre Ini le témoignage du comte des écuries , Sonnégésile, témoignage insuffisant toutefois, car il n'avait été obtenu que dans les tortures. En avouant ses liaisons secrètes avec Chilpéric, et les terres du fisc qui étaiait en sa possession, il niait que ces liaisons eussent été préjudiciables à Childebert, et soutenait que les terres lui avaient été concédées par ce prince. Mais Childebert affirmait qu'il ignorait la concession , et quand on en eut vérifié les Chartres > il fut reconnu que la signature du référendaire Othon y avait été contrefaite. L'évéque niait les projets concertes avec Chilpéric pour faire jpérir Brunehault et Childebert ; mais on avait ses lettres à Chilpéric; on en avait même de ce prince; on en montrait une où il était dit : « Tant que la racine » n'est point coupée , la tige croit et ne sèche point. » On fit comparaître un serviteur de F^èque qui avait tenu registre de ces lettre». ^Egidius enfin disputait sur le traité fait avec Chilpéric pour le partage de la Bourgogne ; mais on produisait d'abord le traité , lequel avait été trouvé dans une cassette enlevée à

Chelles au moment de la mort de Chilpéric ; de plus, Ghildeberl niait qu'il eût connu le traité; de plus, on fit Tenir le vicaire EpipKane, supérieur de Téglise de Saint-Rémi , et ce prêtre attesta que Tévêque avait reçu de Chilpéric, en ce temps, deux mille pièces d^or et des joyaux d'un grand prix ; de plus , on entendit les autres seigneurs qui avaient été envoyés avec iËgidius à Boissons, et les seigneurs déclarèrent que révéque avait eu de longs et secrets entretiens avec Chilpéric; qu'il leur en avait dissimulé le sujet; que les malheurs qui suivirent, le leur avaient seuls révélé.

Perdant alors tout courage et toute espérance, i£gidius confessa ses crimes» Mais les évéques étaient dans une profonde affliction , et ils demandèrent que trois jours lui fussent encore accordés pour se recueillir, et chercher dans son esprit quelque excuse. Il ne relira aucun avantage de cette faveur. Le quatrième jour étant arrivé , il vint une dernière fois devant les évéques et leur dit : « Ne différez plus ; j'ai » trahi les intérêts du roi et de sa mère ; j^ai suscité de » nombreux malheurs ; j'ai mérité de mourir. » Les évéques cependant , touchés de son humiliation et de sa détresse , intercédèrent pour lui et lui firent avoir grâce de la vie. On le dépouilla de ses biens et du sacerdoce, et on le relégua à Strasbourg.

Les conspirateurs auraient dû se décourager. Tant d'accord entre les deux rois ; tant d'activité pour poursuivre; tant de persévérance et d'inflexibilité pour punir ! Il semblait qu'il ne dût rester à leurs en-

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